3 mars 2021

Tout s’explique

La France reconnaît l’assassinat d’Ali Boumendjel

Qui était l’avocat algérien Ali Boumendjel ?

Emmanuel Macron a annoncé hier soir que la France reconnaissait sa responsabilité dans l’assassinat en 1957 de l’avocat et indépendantiste algérien Ali Boumendjel. Il a fait cette déclaration en accueillant quatre des petits-enfants d’Ali Boumendjel à l’Élysée. Né en 1919, cet avocat s’était engagé en politique pour dénoncer l’injustice du système colonial et était devenu membre de Front de libération nationale (FLN). Il a été arrêté par l’armée française au moment de la bataille d’Alger, lors des opérations menées par les militaires français pour mettre fin aux attentats commis par des indépendantistes algériens du FLN. Il a été « placé au secret, torturé, puis assassiné », à l’âge de 37 ans, décrit l’Élysée. En 2000, le général Paul Aussaresses, ancien coordinateur des renseignements à Alger, avait déjà admis la torture et l’assassinat d’Ali Boumendjel et reconnu qu’il avait ordonné à l’un de ses subordonnés de maquiller le crime en suicide, en jetant son corps du haut d’un immeuble.

Quels gestes mémoriels la France a-t-elle faits vis-à-vis de l’Algérie ?

L’indépendance de l’Algérie a été proclamée en 1962. Ce n’est qu’en 1999 que la France a reconnu, par l’adoption d’une loi, que les événements qui s’étaient déroulés dans le pays entre 1954 et 1962 constituaient une « guerre ». Le président Nicolas Sarkozy, qui avait déclaré à plusieurs reprises que la France ne s’excuserait jamais pour des exactions commises pendant la colonisation, a annoncé en 2007 la restitution à l’Algérie du plan des mines posées pendant la guerre. François Hollande a reconnu en 2012 « la répression sanglante » d’une manifestation indépendantiste algérienne à Paris en 1961, ainsi que le « système profondément injuste et brutal » de la colonisation. Emmanuel Macron avait déjà reconnu en 2018 la responsabilité de la France dans la mort en 1957 du militant anticolonialiste Maurice Audin, sous le coup du « système légalement institué » de la torture.

Quelles sont les recommandations du rapport Stora ?

La reconnaissance de la responsabilité de la France dans l’assassinat d’Ali Boumendjel faisait partie des recommandations de l’historien Benjamin Stora, auquel l’Élysée avait commandé un rapport sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie, remis le 20 janvier. Dans son rapport, il recommandait plusieurs actions concrètes comme la création d’une commission chargée de mettre en place des initiatives mémorielles communes, un partage des archives, un effort accru dans la recherche de la vérité sur le sort des disparus de la guerre d’Algérie et la réalisation d’images communes, par exemple via des productions audiovisuelles. Il exprimait des doutes sur la nécessité d’un « nouveau discours d’excuses officielles », estimant important de « poursuivre la connaissance de ce que fut le système colonial, sa réalité quotidienne et ses visées idéologiques ».

POUR ALLER PLUS LOIN

Un portrait d’Ali Boumendjel dans 20 Minutes.