5 mars 2021

Tout s’explique

La première visite d’un pape en Irak

Quel est l’objectif de la visite du pape François en Irak ?

Le pape François est arrivé aujourd’hui en Irak pour une visite de trois jours. Il s’agit de la première visite d’un pape dans le pays. L’un des prédécesseurs de François au Vatican, Jean-Paul II, avait exprimé en 1999 son souhait de se rendre en Irak sur le « lieu des origines d’Abraham ». Abraham est une figure à la fois des religions chrétiennes, juive et musulmane. Le pape François entend faire de ce déplacement l’occasion d’un dialogue avec les musulmans. Il doit ainsi participer demain à un rassemblement interreligieux et rencontrer le grand ayatollah Ali al-Sistani, autorité spirituelle de l’islam chiite. Face à une accélération des contaminations de Covid-19, les autorités irakiennes ont pris mi-février des mesures de confinement de la population. Les événements prévus lors de la visite papale se feront ainsi essentiellement en petit comité.

Quelle est la situation du pays ?

L’insécurité reste importante en Irak, où se sont développés des groupes djihadistes après l’intervention militaire américaine de 2003. Le 21 janvier, un double attentat revendiqué par le groupe État islamique (EI) a tué 32 personnes à Bagdad, la capitale irakienne, le plus meurtrier depuis trois ans. Le terrorisme a toutefois reculé dans le pays avec le succès de la coalition internationale contre l’EI. Un rapport du département d’État américain, l’équivalent du ministère des Affaires étrangères, publié en juin, dénombre 540 actions terroristes commises dans le pays en 2019, soit 5,5 fois moins qu’en 2016. Le pays a connu une crise politique à l’automne 2019 avec d’importantes manifestations contre le chômage, la faiblesse des services publics et la corruption du gouvernement. La répression du mouvement a fait plusieurs centaines de morts. Le Premier ministre a démissionné et n’a été remplacé qu’au bout de cinq mois.

Comment a évolué le sort des chrétiens d’Irak depuis 20 ans ?

Les chrétiens étaient 1,4 million en Irak, selon le recensement national de 1987. Après un exode massif, ils ne sont désormais plus qu’environ 400 000, soit environ 1 % de la population irakienne, selon une estimation rapportée par L’Œuvre d’Orient, une association de protection des chrétiens d’Orient. Après l’intervention américaine en Irak en 2003, les chrétiens du pays « sont devenus la cible d’un racket économique et d’une chasse idéologique », déclarait Marc Fromager, directeur général de l’association Aide à l’Église en détresse France, en 2014 au Figaro. Les enlèvements et les assassinats de dignitaires chrétiens se sont multipliés. La situation s’est encore dégradée avec la montée en puissance de l’EI en 2014, qui a pris le contrôle d’une grande partie du territoire irakien et a persécuté les populations ne suivant pas un islam sunnite rigoriste jusqu’en 2017.

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