22 mars 2021

Tout s’explique

La Turquie se retire de la Convention d’Istanbul

En quoi consiste la Convention d’Istanbul ?

La Turquie a décidé de se retirer de la Convention d’Istanbul, selon un décret présidentiel publié dans la nuit de vendredi à samedi. Ce traité international contraint les États parties à prendre diverses mesures pour prévenir et lutter contre les violences faites aux femmes et les violences domestiques. Outre la Turquie en 2012, 33 pays ont à ce jour ratifié le texte. Samedi, des manifestations ont eu lieu à Istanbul pour contester cette décision et plusieurs pays, dont la France, l’ont condamnée. Le ministère turc des Affaires étrangères a affirmé que les droits des femmes étaient « garantis dans la législation nationale » et que « des éléments du contenu de la Convention » avaient créé « une certaine sensibilité dans l’opinion ». « Il n’est pas nécessaire de chercher le remède en dehors de chez nous, d’imiter les autres. La solution est dans nos traditions et nos coutumes, dans notre essence », a expliqué aujourd’hui le vice-président turc.

Quelle est la situation des droits des femmes en Turquie ?

Le retrait de la Convention d’Istanbul intervient après une décennie particulièrement meurtrière pour les femmes en Turquie. En juillet, un féminicide très médiatisé a provoqué des manifestations dans plusieurs grandes villes de l’ouest du pays. En 2020, l’association turque Nous mettrons fin aux féminicides a recensé 300 femmes tuées par un homme de leur entourage, le plus souvent un conjoint ou un ancien conjoint, après en avoir comptabilisé 474 en 2019. Entre 2018 et 2020, elle a dénombré trois fois plus de féminicides que 10 ans plus tôt. Plus largement, 38 % des femmes en Turquie ont été soumises à la violence d’un partenaire au cours de leur vie, contre 26 % des femmes en France, selon une base de données de l’ONU.

Quel tournant conservateur a pris le dirigeant turc ces dernières années ?

Depuis la tentative de putsch menée contre lui en 2016, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a renforcé ses pouvoirs grâce à une réforme de la Constitution approuvée par référendum en 2017. Le chef de l’État cumule désormais ses fonctions avec celles de Premier ministre. Le parti au pouvoir, l’AKP, a dû former une coalition avec le parti ultranationaliste MHP pour s’assurer la majorité au Parlement après les élections législatives de 2018. Recep Tayyip Erdogan est ainsi « obligé de prendre en compte les aspirations de ses nouveaux alliés pour maintenir sa majorité », explique Aurélien Denizeau, chercheur à l’Institut français des relations internationales. En juillet dernier, Recep Tayyip Erdogan a annoncé la réouverture aux prières musulmanes de la basilique Sainte-Sophie d’Istanbul, qui était un musée depuis 1934. Cette mesure participe à « l’affirmation de plus en plus agressive, par le président Erdogan, d’un nationalisme turc de combat », analysait alors l’historien Jean-Pierre Filiu sur son blog.