29 mars 2021

Tout s’explique

Les laboratoires Servier condamnés dans l’affaire du Mediator

Pourquoi les laboratoires Servier ont-ils été condamnés dans l’affaire du Mediator ?

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné aujourd’hui les laboratoires français Servier à 2,7 millions d’euros d’amende pour tromperie aggravée et homicides et blessures involontaires dans l’affaire du Mediator. Ils devront également verser plusieurs dizaines de millions d’euros aux victimes. Jean-Philippe Seta, l’ex-numéro 2 du groupe pharmaceutique, a été condamné à quatre ans de prison avec sursis. Les laboratoires Servier ont commencé à commercialiser le Mediator en 1976, comme antidiabétique. Il a également été largement prescrit comme coupe-faim. Au total, environ 5 millions de personnes l’ont consommé et il a causé la mort d’au moins un millier de personnes, selon plusieurs estimations. Le Mediator a été à l’origine de nombreux effets secondaires, comme de graves lésions des valves cardiaques (valvulopathies). Ce médicament a été retiré de la vente en France en 2009, après que Servier l’a retiré en Suisse en 1998, en Espagne en 2003 ou en Italie en 2004, après des mises en garde des autorités sanitaires.

Depuis quand les dangers du Mediator sont-ils connus en France ?

Plusieurs alertes ont été émises dès les années 1990 sur le benfluorex, le principe actif commercialisé sous le nom de Mediator. Mais c’est surtout la pneumologue Irène Frachon, exerçant au CHU de Brest, qui a joué un rôle en France. En 2007, elle a mené une étude épidémiologique rapportant plusieurs cas de valvulopathies chez des patients diagnostiqués obèses auxquels le Mediator avait été prescrit pour les aider à réduire leur poids. Elle effectue un premier signalement auprès de l’agence de régulation des médicaments, qui refuse dans un premier temps le retrait d’autorisation de mise sur le marché du médicament, bien qu’elle ait déjà recommandé en 2007 de ne pas le prescrire comme coupe-faim. Irène Frachon fait connaître l’affaire en publiant en 2010 : « Mediator 150 mg : Combien de morts ? ». La même année, la Caisse nationale d’assurance maladie rend publique une étude qui conclut que les patients diabétiques traités avec le Mediator présentent quatre fois plus de risques d’avoir une chirurgie valvulaire que ceux suivant un autre traitement.

Quels autres scandales sanitaires ont conduit à des condamnations en France ?

Plusieurs autres scandales sanitaires se sont conclus par des condamnations en France. C’est le cas du Distilbène, prescrit en France de 1950 à 1977 à des femmes enceintes, principalement pour prévenir les fausses couches. Leurs enfants ont présenté des risques accrus de développer des malformations ou de cancers. Le laboratoire qui le commercialisait, UCB Pharma, a été condamné à plusieurs reprises par la justice à partir de 2006. Il était accusé d’avoir continué de distribuer ce médicament alors qu’il connaissait ses effets secondaires. Le scandale du sang contaminé, qui a consisté dans la distribution de lots de sang contaminé par le virus du sida, a aussi donné lieu à plusieurs condamnations. En 1993, trois médecins ont été condamnés, dont l’ex-directeur du Centre national de transfusion sanguine, Michel Garretta, à quatre ans de prison ferme. L’ancien ministre de la Santé Edmond Hervé a été condamné, mais dispensé de peine.

POUR ALLER PLUS LOIN

Une chronologie de l’affaire du Mediator dans Libération.