6 avril 2021

Tout s’explique

L’État français va devenir le premier actionnaire d’Air France

En quoi consiste la recapitalisation d’Air France ?

La Commission européenne a annoncé ce matin avoir approuvé une « recapitalisation » de près de 4 milliards d’euros de la compagnie aérienne Air France par l’État français afin de l’aider à faire face aux difficultés financières résultant de la crise du Covid-19. L’État va augmenter sa participation de 14,3 % à « un peu moins de 30 % » au capital du groupe franco-néerlandais Air France-KLM, auquel appartient Air France, soit une augmentation de près d’un milliard d’euros, a expliqué le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, ce matin sur France Inter. Cette opération fera de l’État le premier actionnaire d’Air France-KLM. Parallèlement, le prêt de 3 milliards d’euros accordé par l’État au printemps dernier en raison de la crise du Covid-19 est transformé en participation de l’État dans l’entreprise qu’Air France pourra rembourser beaucoup plus tardivement. Le groupe a rapporté fin février une baisse de 59 % de son chiffre d’affaires en 2020 par rapport à 2019.

Que représentent les « slots » pour les compagnies aériennes ?

En contrepartie de cette recapitalisation, Air France s’est engagée à mettre à disposition 18 créneaux horaires quotidiens de vols à l’aéroport de Paris-Orly afin de « préserver l’exercice d’une concurrence effective », a précisé la Commission européenne. Ces créneaux horaires, appelés « slots », sont des droits attribués dans chaque pays à des transporteurs aériens afin d’utiliser les infrastructures aéroportuaires à une heure et un jour donnés pour le décollage et l’atterrissage. Dans les aéroports les plus fréquentés, comme celui d’Orly, « les créneaux sont en nombre insuffisants » et « la pénurie de “slots” crée un “effet de rareté”, qui risque de renchérir le prix des billets d’avion », expliquait l’économiste Emmanuel Combe dans Les Échos fin février. La Commission européenne avait également conditionné en juin la recapitalisation de la compagnie Lufthansa par l’État allemand à la cession de 24 « slots » dans les aéroports de Francfort et Munich.

Comment la pandémie de Covid-19 a-t-elle affecté le secteur aérien mondial ?

Conséquence des restrictions sanitaires liées au Covid-19, le nombre de passagers a chuté en moyenne de 60 % en 2020 par rapport à 2019, selon l’Organisation de l’aviation civile internationale, un organe de l’ONU. En mars 2021, l’Europe a continué à enregistrer un niveau de trafic aérien inférieur de 65 % à celui de mars 2019, selon l’agence européenne Eurocontrol. Aux États-Unis, en revanche, où près d’un Américain sur cinq est désormais totalement vacciné, les voyages en avion reprennent : fin mars, la compagnie aérienne American Airlines a annoncé que ses ventes de billets hebdomadaires atteignaient 90 % du niveau de 2019 à la même période. Les dernières prévisions de l’Association internationale du transport aérien (Iata) pour 2021 sont malgré tout pessimistes : en raison de l’émergence de nouveaux variants, elle anticipe un trafic mondial compris entre 33 % et 38 % de son niveau de 2019.

POUR ALLER PLUS LOIN

Le système des « slots » expliqué dans Le Point.