4 mai 2021

Tout s'explique

La crise sociale en Colombie

Pourquoi des manifestations ont-elles lieu depuis fin avril ?

Le ministre colombien des Finances, Alberto Carrasquilla, a annoncé hier sa démission, en réaction aux manifestations qui ont lieu tous les jours depuis le 28 avril dans plusieurs villes de Colombie. Ces rassemblements, pour certains très violemment réprimés, ont d’abord été organisés en réaction au projet de réforme fiscale porté par le gouvernement de droite et présenté mi-avril au Congrès. Ce texte, critiqué par l’opposition et les syndicats, prévoyait une hausse de la TVA sur les biens et les services afin de réduire le déficit budgétaire. Face à l’ampleur des manifestations, le président colombien, Ivan Duque, a annoncé dimanche le retrait de ce projet et l’élaboration d’un nouveau texte. Le Comité national de grève, qui regroupe plusieurs syndicats à l’origine de la manifestation du 28 avril, a qualifié de « triomphe » le retrait du projet, mais a appelé à un nouveau rassemblement national demain pour faire valoir ses revendications.

Dans quelle situation économique se trouve la Colombie ?

Après 20 ans de croissance ininterrompue, le PIB (la production totale au sein d’un pays) de la Colombie a reculé de 6,8 % en 2020, selon le Fonds monétaire international, un organisme chargé de garantir la stabilité financière mondiale. « Le problème le plus grave, au-delà de cette crise politique, est la fracture sociale » qui existe au sein de la société colombienne, estime Jairo Libreros, professeur de politiques publiques à l’Université Externado de Colombia, dans une interview à RFI. La Colombie est le deuxième pays le plus inégalitaire d’Amérique latine, selon le coefficient de Gini, qui mesure les inégalités de revenus, calculé en 2019 par la Banque mondiale, un organisme de financement du développement. La pauvreté a fortement augmenté l’an dernier en raison de la pandémie de Covid-19 : fin 2020, 42,5 % des habitants vivaient sous le seuil de pauvreté national, selon le Département administratif national de statistique.

Quelles sont les critiques adressées à la police ?

Au moins 19 personnes ont été tuées durant les manifestations organisées depuis la semaine dernière, selon un communiqué publié hier par le Défenseur du peuple, un organisme public de défense des droits humains. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme s’est déclaré « profondément alarmé par les événements » qui se sont déroulés hier à Cali, dans l’ouest de la Colombie, où « la police a ouvert le feu sur des manifestants ». À la différence des autres pays de la région, la police colombienne est sous contrôle du ministère de la Défense. Ce statut s’explique par la lutte menée par le gouvernement colombien depuis les années 1960 contre les guérillas armées, en particulier contre les Farc, des combattants marxistes qui ont déposé les armes en 2017. Les policiers colombiens sont régulièrement accusés d’usage excessif de la force, par des organisations internationales et des ONG comme Human Rights Watch. En octobre, le ministre de la Défense a présenté ses excuses pour la répression violente de précédentes manifestations organisées en 2019.

POUR ALLER PLUS LOIN

L’interview sur RFI d’une chercheuse spécialiste de la Colombie sur la crise actuelle.