5 mai 2021

Tout s’explique

L’UE autorise la mise sur le marché d’un insecte en tant qu’aliment

Qu’a décidé l’UE sur les vers de farine ?

Les États membres de l’UE ont approuvé hier soir la première autorisation de mise sur le marché d’un insecte en tant qu’aliment pour les humains. Les larves du ténébrion meunier, une espèce de coléoptères, aussi appelées « vers de farine », peuvent être consommées sous forme séchée ou comme ingrédient dans certains produits, par exemple en poudre dans des biscuits. L’autorisation de mise sur le marché est attribuée à une entreprise française, Agronutris, spécialisée dans l’élevage et la transformation d’insectes pour l’alimentation animale. Elle intervient après une évaluation de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), une agence de l’UE, qui a estimé en janvier que la consommation humaine des vers de farine était sûre. L’Efsa étudie 11 autres demandes. Des insectes étaient déjà commercialisés dans l’UE en raison d’un flou juridique, mais depuis 2018 un règlement de l’UE exige qu’ils fassent l’objet d’une autorisation. Une période de transition a été instaurée pour leur mise en conformité.

Quel est l’intérêt nutritionnel des insectes ?

Les insectes sont une source d’alimentation saine et nutritive, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Ils fournissent « des protéines et des nutriments de haute qualité en comparaison avec la viande et les poissons » et la plupart des espèces sont riches en acides gras, explique la FAO sur son site, précisant qu’il existe 1 900 espèces comestibles. Les insectes présentent aussi un faible risque de transmission aux humains de maladies zoonotiques. Selon l’évaluation de l’Efsa, les vers de farine ont une teneur élevée en protéines, en matières grasses et en fibres. L’Efsa note toutefois que leur consommation peut entraîner des réactions allergiques, particulièrement chez les personnes allergiques aux crustacés et aux acariens. L’agence nationale de sécurité sanitaire Anses, un établissement public français, avait relevé en 2015 que « les insectes et de nombreux arthropodes (acariens, crustacés, mollusques, etc.) possèdent des allergènes communs ».

Pourquoi l’ONU recommande-t-elle de développer de nouvelles sources d’alimentation ?

La FAO promeut depuis plusieurs années l’élevage et la consommation d’insectes, afin de répondre entre autres à la croissance démographique. Elle estimait en 2014 que 9 milliards de personnes peupleraient la planète d’ici 2050 et que « la production alimentaire actuelle devra être pratiquement multipliée par deux » pour nourrir cette population, avec des conséquences sur l’environnement. L’avantage des insectes est que leur élevage émet moins de gaz à effet de serre que l’élevage conventionnel et qu’ils ont besoin de moins de nourriture que les autres animaux, selon la FAO. Reste « la question de l’acceptabilité qui n’est pas évidente en Europe », car c’est une zone où cette consommation est « peu développée », expliquait Samir Mezdour, chercheur en sciences des aliments, début avril au site Maddyness. Les insectes font partie de l’alimentation de plus de 2 milliards de personnes, principalement en Afrique, en Asie et en Amérique latine, selon la FAO.

POUR ALLER PLUS LOIN

Un reportage de France 24 sur les insectes comestibles.