7 mai 2021

Tout s'explique

La France fait pression sur les dirigeants libanais

Qu’a déclaré Jean-Yves Le Drian au Liban ?

En visite au Liban, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a pressé aujourd’hui les dirigeants libanais de trouver une solution à la crise politique du pays. Saad Hariri, qui a déjà été deux fois Premier ministre, de 2009 à 2011 et de 2016 à 2020, est depuis octobre chargé de former un gouvernement. Il n’y parvient pas et blâme le président libanais, Michel Aoun, qui lui en renvoie la responsabilité. Le gouvernement précédent continue à gérer les affaires courantes. Il a démissionné le 10 août après une double explosion dans le port de la capitale libanaise, Beyrouth, qui a fait plus de 200 morts, selon la Croix-Rouge libanaise. La semaine dernière, Jean-Yves Le Drian avait annoncé que « des mesures restrictives en matière d’accès au territoire français » avaient été prises contre des « personnalités impliquées dans le blocage politique » ou « la corruption », sans les nommer. Il a déclaré aujourd’hui qu’elles pourraient être « durcies ou étendues ».

Quel est le rôle de la France au Liban ?

« Nos destins sont noués indéfectiblement », avait déclaré Emmanuel Macron aux Libanais deux jours après la double explosion de Beyrouth. L’État du Liban a été créé en 1920 alors que le territoire était sous mandat français. Il est devenu indépendant en 1943. Présente militairement au Liban depuis 1978, la France est – avec 700 soldats – l’un des principaux contributeurs de la force de maintien de la paix de l’ONU déployée en raison de la guerre civile qu’a connue le pays entre 1975 et 1990, note sur son site le ministère des Armées. Après la catastrophe de Beyrouth en août, l’initiative d’organiser une conférence internationale de donateurs a été portée conjointement par Emmanuel Macron et le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. « Plus de 280 millions d’euros ont été décaissés, ce qui a permis de faire face à une partie importante des besoins immédiats », a déclaré le président français en décembre, tout en exhortant les dirigeants libanais à des réformes pour obtenir des aides structurelles.

Dans quelle situation économique le pays se trouve-t-il ?

« Le Liban endure une dépression économique sévère et prolongée », a écrit le mois dernier dans une note la Banque mondiale, un organisme de financement du développement. Elle l’attribue en partie à des « réponses politiques inadéquates à un assaut de crises aggravées – la plus grande crise financière du pays en temps de paix, le Covid-19 et l’explosion du port de Beyrouth ». Le PIB (la production de biens et services) du pays s’est contracté de plus de 20 % en 2020 et le Liban connaît une inflation à trois chiffres, provoquant une forte hausse de la pauvreté, note l’institution. L’effondrement de la monnaie libanaise par rapport au dollar menace l’approvisionnement du pays en denrées essentielles comme le blé, le carburant et les médicaments. Le pays subit déjà des pénuries pour certains de ces biens.

POUR ALLER PLUS LOIN

Notre rétrospective de septembre sur les divisions du Liban.

Un reportage de mars de France 24 sur la crise sociale au Liban.