15 mai 2021

On revient au début

Jérusalem, la ville sainte au cœur du conflit israélo-palestinien

Plus de 120 personnes sont mortes dans la bande de Gaza et en Cisjordanie dans des frappes israéliennes depuis lundi, selon un bilan donné hier par le ministère palestinien de la Santé, et huit personnes sont mortes en Israël dans des frappes aériennes de groupes armés de la bande de Gaza, selon les autorités israéliennes. Ce regain de violences s’est produit après des manifestations le week-end dernier à Jérusalem-Est contre un projet d’expulsion de familles palestiniennes. La ville sainte est au centre du conflit israélo-palestinien depuis la création de l’État d’Israël.


À l’origine

La Palestine, sous domination britannique, est séparée en 1947 selon un plan de partage de l’ONU qui prévoit la création d’un État arabe, d’un État juif et d’un statut international pour la ville de Jérusalem sous administration de l’ONU. Jérusalem étant une ville sainte pour le judaïsme, le christianisme et l’islam, l’ONU entend ainsi établir « l’ordre et la paix ». La première guerre israélo-arabe, déclenchée par plusieurs États arabes en 1948 après la création d’Israël, empêche l’application du plan. Israël annexe la partie ouest de Jérusalem durant ce conflit, qu’elle remporte en 1949, tandis que la partie orientale revient à la Jordanie, dont la vieille ville qui abrite l’esplanade des Mosquées. Ce lieu sacré pour les musulmans en est aussi un pour les juifs qui l’appellent Mont du Temple. En contrebas se trouve le mur des Lamentations, lieu de prière pour les juifs (voir la carte). De nouveau vainqueur sur les États arabes à l’issue de la guerre des Six Jours en 1967, Israël conquiert Jérusalem-Est, mais laisse l’administration de l’esplanade des Mosquées au Waqf, une fondation islamique jordanienne. L’ONU considère depuis Jérusalem-Est comme un territoire occupé, reconnaissant de facto une frontière sur la base de la ligne d’armistice de 1949.


Les dates clés

1980

Le Parlement israélien adopte en juillet 1980 la loi fondamentale de Jérusalem, inscrite dans la Constitution. Le texte proclame que « Jérusalem, entière et unifiée, est la capitale d’Israël » et que la ville est le siège de plusieurs institutions, dont la présidence, le gouvernement et le Parlement. Israël considérait déjà Jérusalem comme sa capitale depuis 1949, date à partir de laquelle l’État a transféré ces institutions de Tel-Aviv à Jérusalem-Ouest. Le Conseil de sécurité de l’ONU estime dans une résolution en août 1980 que la loi de Jérusalem « constitue une violation du droit international » et ne reconnaît pas la ville comme capitale d’Israël. Il demande aux États qui y ont établi des missions diplomatiques de les retirer. Les 13 ambassades qui s’étaient implantées à Jérusalem-Ouest s’installent alors à Tel-Aviv, où se situent les autres ambassades. En 1988, l’Organisation de libération de la Palestine, une organisation palestinienne, proclame symboliquement l’État de Palestine et désigne Jérusalem comme sa capitale.

2000

En septembre 2000, Ariel Sharon, président du parti israélien de droite Likoud, effectue une visite sur l’esplanade des Mosquées. Cette visite déclenche la seconde Intifada (« soulèvement » en arabe, la première Intifada ayant eu lieu entre 1987 et 1993) : des affrontements meurtriers éclatent à Jérusalem entre Palestiniens et forces de sécurité israéliennes, avant de s’étendre à la Cisjordanie et à la bande de Gaza et de se militariser. Les Palestiniens perçoivent cette visite comme une provocation. Elle intervient après l’échec des négociations menées aux États-Unis, en juillet 2000, entre le Premier ministre israélien et le président de l’Autorité palestinienne, l’organe exécutif palestinien créé en 1993 et qui administre une partie de la Cisjordanie et la bande de Gaza. Ces pourparlers ont achoppé sur le statut de l’esplanade des Mosquées/Mont du Temple, mais ont permis pour la première fois d’évoquer le statut de Jérusalem, les deux parties s’étant entendues sur l’idée d’un partage de la ville. Durant la seconde Intifada, qui a fait plusieurs milliers de morts jusqu’en 2005, Israël entame en 2002 la construction d’un mur de séparation. Le tracé du mur longe Jérusalem à l’est (voir la carte), isolant de fait la ville de la Cisjordanie.

2017

Des Palestiniens manifestent à Jérusalem en juillet 2017 après l’installation par Israël de portiques de sécurité aux accès de l’esplanade des Mosquées. Ces détecteurs de métaux ont été installés après que des Arabes israéliens ont tué deux policiers israéliens à proximité du site. En signe de protestation, les fidèles musulmans refusent d’entrer sur l’esplanade et prient dans la rue, aux abords du lieu saint, donnant lieu à des affrontements avec les forces de sécurité israéliennes. Les Palestiniens, qui refusent tout contrôle israélien sur cette partie de la ville, craignent une remise en cause du statu quo qui prévaut depuis 1967. Selon ce statu quo, le site est géré par le Waqf et seuls les musulmans sont autorisés à y prier, les non-musulmans ne pouvant le visiter qu’à certaines heures. Une partie de la droite ultranationaliste israélienne revendique le droit de prier sur le site. Après 10 jours de crise et une mobilisation diplomatique internationale, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, décide de faire retirer les portiques.

2018

Les États-Unis transfèrent en mai 2018 leur ambassade en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem, cinq mois après la reconnaissance par le président américain Donald Trump de Jérusalem comme capitale d’Israël. À cette annonce, l’Organisation de libération de la Palestine avait estimé que Donald Trump était en train de « détruire la perspective de deux États » israélien et palestinien coexistants. La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par Donald Trump est condamnée par une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU appelant à nouveau à la solution à deux États. Cette décision de Donald Trump est conforme à une loi américaine de 1995, le Jerusalem Embassy Act, qui n’avait jamais été mise en application afin de ne pas nuire aux négociations entre Israéliens et Palestiniens, dont les États-Unis sont un médiateur. Depuis, seuls deux pays ont suivi l’initiative américaine : le Guatemala a ouvert son ambassade à Jérusalem en mai 2018 et le Kosovo en mars 2021.


Le chiffre

Près de 40 % des 920 000 habitants de Jérusalem sont des Arabes, selon les données du mois de juin 2020 du Centre des affaires publiques de Jérusalem, un centre de recherche israélien indépendant. Une minorité d’entre eux ont la nationalité israélienne. « Si l’israélisation administrative de Jérusalem-Est est une réalité, sa judaïsation démographique est un échec », analysait l’historien Vincent Lemire en 2017 dans Le Monde, constatant que la part de Palestiniens dans la population de la ville était en augmentation depuis 1967. Israël favorise pourtant depuis plusieurs décennies l’implantation de Juifs à Jérusalem-Est à travers la construction de colonies (voir la carte) et la confiscation de propriétés. Une loi permet aux Juifs de réclamer leurs biens perdus en 1948 à Jérusalem-Est et une autre exclut la réciprocité pour les réfugiés palestiniens ayant fui Jérusalem-Ouest. C’est sur la base de ces textes que plusieurs familles palestiniennes sont aujourd’hui menacées d’expulsion au profit de résidents israéliens dans le quartier arabe de Cheikh Jarrah et que le regain de violences actuel trouve en grande partie son origine.