17 mai 2021

Tout s’explique

Le Chili se dote d’une assemblée constituante

Quels ont été les résultats des élections organisées ce week-end ?

15 millions d’électeurs chiliens étaient appelés à voter ce week-end pour désigner les 155 membres de la Convention constitutionnelle, l’assemblée qui sera chargée de rédiger une nouvelle Constitution pour remplacer celle adoptée sous la dictature du général Augusto Pinochet, en 1980. Les candidats indépendants ont obtenu près d’un tiers des sièges et les représentants de partis d’opposition un peu plus d’un tiers, tandis que la coalition de droite, soutenue par le président Sebastian Piñera, n’a obtenu que 24 % des sièges. Cette assemblée constituante sera la première au monde à être – à un siège près – paritaire entre femmes et hommes. C’est aussi la première dans l’histoire du pays à réserver un nombre de sièges (17 sur 155, soit 11 % des sièges) aux représentants de peuples indigènes. Des élections régionales et municipales étaient également organisées ce week-end, lors desquelles les partis d’opposition sont arrivés en tête.

Pourquoi les Chiliens voulaient-ils changer de Constitution ?

Un important mouvement social contre les inégalités a éclaté en octobre 2019 au Chili, où 1 % de la population concentre 26,5 % des richesses, selon la Cepal, une commission régionale de l’ONU. Les manifestants, qui réclamaient des retraites dignes ainsi qu’un meilleur accès au logement, à la santé ou à l’éducation, jugent que la Constitution de 1980, qui entérine le « rôle subsidiaire » de l’État, favorise les inégalités. « Ce qu’on a beaucoup reproché à cette Constitution de 1980, c’est qu’elle avait gravé dans le marbre le modèle de gouvernance néolibéral et notamment les très faibles prérogatives, aussi bien en matière sociale qu’économique, dont disposait l’État. Et c’est sur la base de cette Constitution que la privatisation de toute une série de biens » avait été menée, a déclaré l’historien Olivier Compagnon sur France Culture ce matin. Les partis politiques se sont mis d’accord en novembre 2019 pour organiser un référendum sur la rédaction d’une nouvelle Constitution. En octobre 2020, 78 % des Chiliens se sont prononcés pour.

Comment va travailler l’assemblée constituante ?

Les 155 membres de l’assemblée constituante disposent de neuf mois, qui peuvent être prolongés de trois mois, pour rédiger un nouveau texte. Durant cette période, ils doivent d’abord élire des représentants à la présidence et à la vice-présidence, puis définir le règlement, c’est-à-dire le fonctionnement de l’assemblée : décider du nombre de commissions et établir des règles concernant de possibles conflits d’intérêts, par exemple. Chaque article proposé devra être voté par une majorité qualifiée des deux tiers, un système qui entraînera « une dynamique d’accords larges et de négociations, ce qui fait que beaucoup de thèmes ne pourront pas être abordés ou ne seront pas abordés comme l’auraient souhaité de nombreux secteurs », a estimé le sociologue de l’Université du Chili Octavio Avendaño auprès de l’agence espagnole EFE. Le texte final sera soumis en 2022 à l’approbation des Chiliens via un référendum lors duquel le vote sera obligatoire.