28 mai 2021

Tout s'explique

Total prend ses distances avec les militaires en Birmanie

Quelles sont les activités de Total en Birmanie ?

Patrick Pouyanné, le PDG de l’entreprise énergétique française Total, a déclaré lors de l’assemblée générale du groupe aujourd’hui condamner « la violence et les abus des droits humains » en Birmanie, où des militaires ont pris le pouvoir le 1er février. Très critiquée par des ONG qui l’accusent de financer les militaires birmans, l’entreprise a annoncé mercredi la suspension du versement de dividendes aux actionnaires d’un gazoduc qu’elle exploite en Birmanie, parmi lesquels une entreprise d’État désormais contrôlée par l’armée. L’ONG Justice for Myanmar a estimé hier que la décision de Total « devrait réduire une source de revenus pour la junte brutale » de Birmanie, mais a déploré qu’elle ne représente « qu’une partie mineure des revenus que la junte reçoit des opérations de Total » dans le pays. Total déclare assurer 50 % de la production du gaz consommé en Birmanie.

De quelles sources de financement la Birmanie dispose-t-elle ?

L’économie birmane repose en grande partie sur l’exploitation de ressources naturelles : pierres précieuses, or, bois, etc. En 2019, une commission indépendante d’experts du Conseil des droits de l’homme de l’ONU a rendu un rapport révélant le poids de l’armée dans l’économie du pays, où 120 entreprises sont détenues par deux conglomérats contrôlés par les militaires, selon le rapport. Elles interviennent dans les secteurs minier, bancaire ou encore pharmaceutique. Depuis le coup d’État militaire, « l’économie birmane est complètement à l’arrêt », a affirmé à France 24 Mike Farmaner, président de Burma Campaign UK, une ONG qui a dressé une liste des entreprises étrangères ayant des relations économiques avec l’armée birmane. Il explique que plusieurs entreprises se sont retirées du pays après le 1er février. Il s’agissait d’abord d’entreprises d’origine asiatique, puis américaines et européennes, comme EDF, qui a abandonné un projet de barrage hydroélectrique.

Où en est la situation politique en Birmanie ?

La répression des opposants à la junte a fait plus de 800 morts depuis février, selon l’organisation birmane de défense des prisonniers politiques AAPP, qui estime que quelque 4 350 personnes ont été arrêtées, parmi lesquelles des activistes et journalistes. L’ancienne dirigeante birmane Aung San Suu Kyi, destituée et placée en résidence surveillée, a comparu lundi devant un tribunal spécial. Elle est notamment accusée d’incitation aux troubles publics et de corruption. Plusieurs pays, comme le Royaume-Uni et les États-Unis, ont pris des sanctions financières à l’encontre de hauts responsables du régime et des entreprises détenues par l’armée. La Russie et la Chine s’opposent à l’adoption de sanctions par l’ONU.

POUR ALLER PLUS LOIN

Notre dossier de février sur le pouvoir de l’armée en Birmanie.