31 mai 2021

Tout s’explique

La France et les pays voisins du Mali augmentent la pression sur la junte

Qu’a annoncé la Cédéao ?

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), une organisation intergouvernementale, réunie hier au Ghana lors d’un sommet extraordinaire, a décidé de suspendre le Mali de ses institutions. Dans leur communiqué, les chefs d’État « condamnent fermement » le nouveau coup d’État commis la semaine dernière par la junte, neuf mois après un autre putsch qui avait renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta. Le colonel Assimi Goïta, déjà à l’origine du premier coup d’État, a pris le pouvoir mardi dernier, après l’arrestation du président et du Premier ministre qui avaient été désignés en septembre par la junte pour mener une transition de 18 mois jusqu’à de nouvelles élections début 2022. La Cédéao n’a pas pris de sanction économique contre le Mali, contrairement à ce qu’elle avait fait en août lors du dernier coup d’État.

Comment les Maliens ont-ils réagi au nouveau putsch ?

Le Mouvement du 5 juin, une coalition d’opposants qui avait mené la contestation contre l’ex-président Ibrahim Boubacar Keïta et qui avait bien accueilli le premier coup d’État en août, n’a pas condamné le nouveau putsch. Il a déclaré soutenir « la dynamique de rectification en cours, pour jeter les bases de la refondation du Mali », dans un communiqué relayé par les médias maliens mercredi. Ses représentants ont été reçus par la junte lundi dernier. Au sein de la population, le premier coup d’État avait été accueilli par des manifestations de soutien. Ce n’était pas le cas ces derniers jours. « La ferveur populaire qui avait accompagné le coup d’État du 18 août s’est très rapidement estompée. La junte, qui avait au départ incarné le changement tant espéré, est progressivement apparue comme un élément de perpétuation du système en place », explique dans The Conversation Boubacar Haidara, chercheur associé au laboratoire Les Afriques dans le monde.

Quel est l’objectif de la présence militaire française au Sahel ?

Emmanuel Macron a dénoncé un « coup d’État inacceptable » au Mali lors d’un entretien publié hier dans le Journal du dimanche. Le président a déclaré : « Au président malien Bah N’Daw, qui était très rigoureux sur l’étanchéité entre le pouvoir et les djihadistes, j’avais dit “l’islamisme radical au Mali avec nos soldats sur place ? Jamais de la vie !” Il y a aujourd’hui cette tentation au Mali. Mais si cela va dans ce sens, je me retirerai ». 5 100 soldats français sont déployés au Sahel et au Sahara dans le cadre de l’opération Barkhane, qui vise depuis 2014 à aider plusieurs pays de la région, dont le Mali, à faire face aux djihadistes et à acquérir « la capacité d’assurer leur sécurité de façon autonome », selon le ministère de la Défense. Élie Tenenbaum, chercheur à l’Ifri, un centre de réflexion, estimait fin avril dans Le Monde que la France « n’a ni l’ambition ni les moyens de mener une contre-insurrection systématique » au Mali.

POUR ALLER PLUS LOIN

Notre article d’août sur le précédent putsch au Mali.