1er juin 2021

Tout s'explique

La fin progressive du « quoi qu’il en coûte » en France

De quelle manière évoluent les aides de l’État à partir d’aujourd’hui ?

Dans le contexte de déconfinement progressif en France, les règles d’indemnisation du fonds de solidarité pour les entreprises les plus affectées par la crise (secteurs « protégés ») évoluent. À partir d’aujourd’hui, la part de la perte du chiffre d’affaires indemnisée par l’État est plafonnée à 40 %. Ce chiffre va descendre à 30 % en juillet et 20 % en août, a précisé le ministère de l’Économie fin mai. En ce qui concerne le chômage partiel, les salariés bénéficiaires sont toujours indemnisés à hauteur de 70 % de leur salaire brut, mais la part prise en charge par l’État baisse à partir d’aujourd’hui tandis que celle revenant à l’employeur augmente dans les secteurs non protégés. « Le quoi qu’il en coûte doit prendre fin. Il n’est pas tenable sur le long terme », a justifié le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, hier sur France 2.

Quel impact ont eu ces mesures de soutien durant la crise sanitaire ?

Les mesures de soutien aux entreprises avaient coûté l’équivalent de 9 % du PIB (la production totale au sein d’un pays) fin mars 2021, estime le Comité de suivi et d’évaluation des mesures de soutien financier aux entreprises confrontées à l’épidémie de Covid-19, un organisme public, dans un rapport d’étape publié en avril. Elles ont pesé sur le déficit public, qui s’élevait à 9,2 % du PIB en 2020. Il doit finalement atteindre 9,4 % du PIB en 2021, contre des prévisions antérieures de 9 %, selon les estimations données par Bruno Le Maire hier sur France 2. Il s’agit d’un chiffre record, d’après les données disponibles sur l’institut national de statistiques Insee qui remontent jusqu’à 1959. Les aides aux entreprises ont eu pour conséquence une forte diminution des défaillances d’entreprises depuis le début de la crise sanitaire. « Depuis très longtemps, il n’y a jamais eu aussi peu de procédures collectives de dépôt de bilan. C’est -38 % pour l’année dernière », affirmait fin janvier sur RFI Patrick Martin, président délégué du syndicat patronal Medef.

Quelles aides les pays voisins ont-ils déployées depuis le début de la pandémie ?

« La France apparaît en position médiane au sein des grands pays européens en termes de mobilisation des mesures d’urgence », estime le Comité de suivi et d’évaluation des mesures de soutien financier aux entreprises confrontées à l’épidémie de Covid-19. En Espagne, où le PIB a chuté de 11 % l’an dernier – un record au sein de l’Union européenne – le gouvernement a privilégié les garanties de prêts pour venir en aide aux entreprises. L’Allemagne prévoit un déficit public très important en 2021, de l’ordre de 9 % du PIB, alors que le pays était encore en excédent de 1,5 % en 2019. Le Parlement allemand avait adopté l’an dernier un vaste plan national de soutien à l’économie, de 1 200 milliards d’euros, le pays abandonnant ainsi « sa politique du “zéro noir”, caractérisée par un budget en équilibre et sans endettement, en vigueur depuis la dernière crise financière », souligne une note de l’Institut français des relations internationales, un centre de réflexion.

POUR ALLER PLUS LOIN

Des infographies de Franceinfo sur les aides aux entreprises durant la crise sanitaire.