8 juin 2021

Tout s’explique

Opération internationale en ligne contre le crime organisé

En quoi a consisté l’opération « Bouclier de Troie » ?

Environ 800 personnes ont été arrêtées ces derniers jours dans une quinzaine de pays dans le cadre d’une opération contre le crime organisé, réalisée grâce à l’infiltration d’une messagerie chiffrée, a annoncé aujourd’hui Europol. L’agence européenne de police criminelle qualifie cette opération, appelée « Bouclier de Troie », d’une des « plus sophistiquées à ce jour dans la lutte contre les activités criminelles chiffrées ». Depuis près de trois ans, le FBI, la police fédérale américaine, en collaboration avec les polices d’Australie et d’une quinzaine d’autres pays, contrôlait une messagerie chiffrée, baptisée AN0M, utilisée par des organisations mondiales criminelles, dont des membres de la mafia italienne. Les différentes polices ont ainsi intercepté secrètement et au fur et à mesure plus de 27 millions de messages échangés par des malfaiteurs sur des ventes de stupéfiants, des activités de blanchiment d’argent ou des projets d’assassinat.

Comment le FBI a-t-il infiltré la messagerie chiffrée AN0M ?

Le FBI a infiltré AN0M grâce à une source recrutée après le démantèlement en 2018 d’une société qui vendait des téléphones chiffrés à des organisations criminelles. Cette source a contribué à ce que l’application AN0M, installée sur des téléphones mobiles dépourvus d’autres fonctionnalités, se répande parmi les réseaux criminels sur le marché noir. Les données étaient bien chiffrées, mais le FBI disposait de la clé permettant de décoder les messages. « Les appareils ont circulé et leur popularité a grandi parmi les criminels, qui avaient confiance dans la légitimité de l’application, car de grandes figures du crime organisé se portaient garantes de son intégrité », a expliqué ce matin la police australienne. Plus de 12 000 appareils ont été utilisés par près de 300 organisations criminelles, selon Europol. La popularité d’AN0M s’explique en grande partie par le démantèlement et l’arrêt ces derniers mois de plusieurs autres services de messageries chiffrées utilisées par les réseaux criminels.

Comment les réseaux criminels utilisent-ils les technologies numériques ?

« Les réseaux criminels ont une énorme demande de plateformes de communication chiffrées pour faciliter leurs activités criminelles », affirme Europol dans un communiqué publié ce matin. David Weinberger, directeur de l’Observatoire des criminalités internationales à l’Institut de relations internationales et stratégiques, un centre de réflexion, explique à l’AFP que les réseaux criminels ont toujours disposé « d’un avantage technologique sur les forces de l’ordre », qui « réussissent à reprendre la main » aujourd’hui. Il estime que certains groupes criminels investissent des « dizaines de millions d’euros » dans la recherche et développement. Fin avril, le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a rapporté sur France Inter discuter avec les grandes sociétés du numérique pour leur demander « de nous laisser entrer via des failles de sécurité » sur les messageries chiffrées afin de lutter contre le terrorisme.

POUR ALLER PLUS LOIN

Une interview sur le site de Marianne au sujet des « cryptophones ».