12 juin 2021

On revient au début

La maladie d’Alzheimer

L’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux a autorisé lundi un nouveau traitement contre la maladie d’Alzheimer, dans le cadre d’une procédure d’approbation accélérée qui permet l’accès à un médicament pouvant « apporter un avantage thérapeutique significatif », mais pour lequel subsiste « une certaine incertitude quant au bénéfice clinique ». L’aducanumab est le premier traitement à agir sur la cause de la maladie. La recherche sur la maladie d’Alzheimer a beaucoup progressé depuis la fin du XXe siècle, mais aucun traitement curatif n’a été mis au point jusqu’ici.


Le concept

La maladie d’Alzheimer est une maladie neurodégénérative incurable, qui représente la majorité des cas de démence dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé, une agence de l’ONU. « Le cerveau perd progressivement et de manière irréversible des cellules nerveuses (neurones), support de nos facultés mentales. Cette maladie se manifeste par des symptômes qui touchent notamment la mémoire et le langage et qui entravent l’autonomie (notre capacité de décider seul) et l’indépendance (notre capacité de nous débrouiller seul) », explique la gérontologue Valentine Charlot dans son ouvrage « Vivre avec Alzheimer ». En moyenne, les malades ne vivent que huit à 12 ans après leur premier diagnostic, selon l’association France Alzheimer. La maladie touche surtout les personnes âgées de plus de 65 ans. Elle est deux fois plus fréquente chez les femmes que chez les hommes, selon Santé publique France, un organisme public dépendant du ministère de la Santé. Jusqu’à l’autorisation, aux États-Unis, de l’aducanumab, il n’existait que des soins palliatifs, c’est-à-dire ciblant les symptômes de la maladie.


Les dates clés

1910

La maladie d’Alzheimer est référencée pour la première fois dans un livre de psychiatrie publié par le psychiatre allemand Emil Kraepelin en 1910. Il nomme la maladie d’après le médecin psychiatre allemand Aloïs Alzheimer, qui a suivi durant plusieurs années Auguste Deter, une patiente atteinte de démence et dont la mémoire et les capacités cognitives se détérioraient progressivement. À la mort de la patiente en 1907, Aloïs Alzheimer réalise l’autopsie de son cerveau et y constate des lésions aujourd’hui connues comme caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. « Par la suite, durant 60 à 70 ans, très peu d’études sont réalisées sur la maladie d’Alzheimer, mais avec l’allongement de l’espérance de vie, cette maladie se fait plus fréquente. On commence alors à s’y intéresser de façon exponentielle et à la considérer comme une maladie à part entière », explique à B‌r‌i‌e‌f‌.‌m‌e Gaëlle Chetelat, directrice de recherche à l’Inserm, un institut de recherche médicale public, spécialiste de la maladie d’Alzheimer.

1991

L’avancée de la recherche en génétique permet d’identifier en 1991 des gènes mutés responsables des formes héréditaires de la maladie d’Alzheimer : APP en 1991 puis PS1 et PS2 les années suivantes. Ces cas héréditaires, qui se développent de manière précoce avant 60 ans, sont très rares : ils représentent environ 1 % des malades, tandis que la forme sporadique tardive, qui se développe surtout après 65 ans et qui n’est pas héréditaire, concerne 99 % des patients, selon la Fondation Alzheimer. Toutefois, l’identification des cas héréditaires « donne l’opportunité d’essayer d’intervenir à un stade plus précoce, avant même que les personnes ne développent des symptômes, ce qui a permis de stimuler la recherche et de tester certaines thérapies », explique Gaëlle Chetelat. En 1993, un gène rendant les personnes plus susceptibles de développer la forme sporadique de la maladie est également identifié : il s’agit du gène ApoE4, aujourd’hui reconnu comme le principal facteur de risque génétique pour la maladie d’Alzheimer.

2001

Le ministère français de la Santé lance en 2001 le premier plan Alzheimer, qui vise à améliorer le diagnostic des patients, l’information sur la maladie et la prévention. Les facteurs de risque (en dehors de ceux génétiques), comme les problèmes cardiovasculaires et la sédentarité, sont de mieux en mieux identifiés et permettent aux institutions d’élaborer des conseils de prévention. En 2004, le deuxième plan Alzheimer impose la prise en charge à 100 % par l’Assurance maladie du suivi des patients (accompagnement médical par une équipe multidisciplinaire et traitements non médicamenteux). Le développement de la neuro-imagerie au début des années 2000, permis en partie par les plans Alzheimer et leur budget alloué à la recherche, permet d’en savoir plus sur la maladie et de constater les lésions provoquées au cerveau du vivant du malade et non après sa mort avec une autopsie. Gaëlle Chetelat, de l’Inserm, déplore que l’investissement public se soit « essoufflé » depuis, en particulier depuis le regroupement de la maladie d’Alzheimer avec d’autres maladies neuro-dégénératives dans un même plan en 2014.

2018

Quatre médicaments, utilisés pour freiner l’aggravation des symptômes de la maladie et dont le coût était jusqu’alors pris en charge à 15 % par l’Assurance maladie, cessent d’être remboursés. Le ministère de la Santé, qui s’appuie sur un avis de 2016 de la Haute Autorité de santé, une autorité publique indépendante, explique que ces médicaments présenteraient « un intérêt médical insuffisant pour justifier leur prise en charge ». L’association France Alzheimer critique la mesure, estimant que le déremboursement entraîne « une iniquité entre les familles les plus aisées et les plus démunies ». Après des années de « faux espoirs » concernant de nouveaux traitements, Gaëlle Chetelat salue l’autorisation lundi aux États-Unis de l’aducanumab, dont le prix se monte toutefois à environ 46 000 euros par an. « Il faut rester prudent, mais c’est un traitement porteur d’espoir : de tous ceux ayant essayé de s’attaquer à la cause de la maladie, c’est le premier à montrer des résultats suffisants pour convaincre l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux », souligne-t-elle.


Les chiffres

50 millions. C’est le nombre de personnes atteintes de démence dans le monde, dont 60 à 70 % ont la maladie d’Alzheimer, selon des estimations de septembre de l’Organisation mondiale de la santé. La Fondation Alzheimer estime que 900 000 personnes sont concernées par la maladie en France.

1 200 euros. C’est le reste à charge auquel sont confrontés, en moyenne chaque mois, les malades et leurs familles en France, selon l’association France Alzheimer. Ces dépenses, auxquelles peut s’ajouter le prix de médicaments traitant les symptômes de la pathologie, incluent par exemple les aides à domicile, les produits de soin hygiéniques et les aménagements du domicile. L’Assurance maladie prend aujourd’hui en charge le traitement non médicamenteux des patients : suivi médical avec des psychomotriciens, orthophonistes, kinésithérapeutes, etc.