22 juin 2021

Tout s’explique

Le gouvernement espagnol gracie des indépendantistes catalans

Qu’a annoncé le gouvernement espagnol ?

Le Conseil des ministres espagnol a décidé aujourd’hui d’accorder une grâce partielle à neuf indépendantistes catalans. Ces derniers ont été condamnés en 2019 par le Tribunal suprême espagnol, la plus haute juridiction du pays, à des peines de neuf à 13 ans de prison pour sédition, après avoir déclaré l’indépendance de la Catalogne en 2017. « Nous voulons ouvrir une nouvelle étape de dialogue, de retrouvailles, et en finir une fois pour toutes avec la division et l’affrontement », a déclaré le chef du gouvernement, Pedro Sanchez. L’opposition de droite s’est opposée à cette décision. Le Conseil de l’Europe, une organisation intergouvernementale de défense des droits humains, a approuvé hier une résolution encourageant le gouvernement espagnol à accorder ces grâces et appelant le pays à « mettre un terme aux procédures d’extradition » visant d’autres dirigeants politiques impliqués dans la tentative de sécession et vivant à l’étranger.

Que s’est-il passé en 2017 ?

Le gouvernement catalan a organisé le 1er octobre 2017 un référendum, jugé illégal par la justice espagnole, sur l’indépendance de la région. La participation s’est élevée à 42,3 % et 90 % des votants se sont prononcés pour l’indépendance. Un mois plus tard, le Parlement catalan a voté une résolution déclarant que la Catalogne devenait un « État indépendant prenant la forme d’une République ». En s’appuyant sur la Constitution espagnole, le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy a alors annoncé la dissolution du Parlement catalan, la destitution du président catalan Carles Puigdemont, la convocation de nouvelles élections régionales et la mise sous tutelle temporaire de la région. Neuf dirigeants catalans ont été arrêtés et plusieurs autres ont quitté l’Espagne, parmi lesquels Carles Puigdemont, eurodéputé qui vit en Belgique depuis 2017.

Où en est l’indépendantisme catalan ?

La Catalogne possède, comme 16 autres régions espagnoles, le statut de « communauté autonome », qui lui permet de disposer d’un gouvernement, d’un Parlement et de ses propres forces de l’ordre. Dans une analyse publiée fin mai dans le journal espagnol El Diario, le politologue Mario Rios souligne la baisse du soutien à l’indépendance dans les enquêtes d’opinion, qui s’explique selon lui en partie par les divergences entre les trois principaux partis indépendantistes. Lors des élections législatives de février, ces partis ont obtenu à eux trois assez de sièges pour détenir la majorité absolue au sein du Parlement catalan. Les députés ont désigné le 21 mai le président du gouvernement de Catalogne : Pere Aragonès, un économiste de 38 ans, membre de la Gauche républicaine de Catalogne, un parti indépendantiste. Il a jugé hier que la grâce des neuf indépendantistes était un « premier pas qui doit être suivi d’une négociation entre les deux gouvernements » pour discuter de « l’autodétermination ».

POUR ALLER PLUS LOIN

Un débat de février sur France Culture sur les différents indépendantismes catalans.

Nos graphiques de 2019 sur la Catalogne vis-à-vis de l’Espagne.