29 juin 2021

Tout s’explique

La capitale du Tigré reprise par ses anciens dirigeants

Que s’est-il passé hier dans la région du Tigré, en Éthiopie ?

Les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (FLPT), une région du nord de l’Éthiopie [voir la carte], ont affirmé hier soir à l’agence Reuters avoir repris le contrôle de la capitale régionale, Mekele, sept mois après avoir été chassés de la ville par l’armée nationale. Le gouvernement fédéral éthiopien a annoncé un « cessez-le-feu unilatéral » prenant effet immédiatement pour « assurer un meilleur accès humanitaire et renforcer l’effort de réhabilitation et de reconstruction de la région ». « Il est essentiel que la saison de plantation à venir ne soit pas perturbée », a précisé le gouvernement. Les rebelles ont appelé aujourd’hui à « rester vigilants, implacables et en alerte constante jusqu’à ce que le Tigré soit totalement libéré de toutes les forces d’invasion ».

Comment a évolué le conflit ?

Les tensions se sont intensifiées en Éthiopie en septembre 2020, lorsque le FLPT, qui dirigeait la région du Tigré, a organisé des élections malgré l’interdiction prononcée par le gouvernement fédéral en raison de la pandémie de Covid-19. En novembre 2020, le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a envoyé l’armée au Tigré, en affirmant répondre à diverses attaques contre des garnisons militaires menées par des membres du FLPT. Le Premier ministre a également créé une administration provisoire chargée de diriger le Tigré. Trois semaines plus tard, Abiy Ahmed a affirmé que l’armée avait pris le contrôle de la capitale tigréenne. Le 11 juin, après près de sept mois de conflit, l’ONU estimait qu’environ 350 000 personnes étaient menacées par la famine dans la région du Tigré.

Qu’est-ce que le Front de libération du peuple du Tigré ?

Constitué de membres de l’ethnie tigréenne, vivant principalement dans le nord de l’Éthiopie, le Front de libération du peuple du Tigré est un parti créé dans les années 1970 pour lutter contre le gouvernement militaire d’inspiration marxiste qui dirigeait alors le pays. Après le départ de Mengistu Haile Mariam, dirigeant éthiopien de 1977 à 1991, le FLPT a pris la tête du pays. Dans un rapport de 2017, l’ONG de défense des droits humains Amnesty International dénonçait le recours des autorités éthiopiennes dirigées par le FLPT à des « arrestations arbitraires » et à une « marginalisation ethnique », en particulier à l’égard des Oromos et des Amharas, les deux principaux groupes ethniques du pays. L’arrivée au pouvoir en 2018 d’Abiy Ahmed, membre de l’ethnie majoritaire oromo, a mis fin à près de 30 ans de domination politique de la minorité tigréenne.

POUR ALLER PLUS LOIN

Un reportage, réalisé fin mai, par l’envoyé spécial de RFI au Tigré.

Nos explications de novembre sur le conflit au Tigré.