7 juillet 2021

Tout s’explique

Le président haïtien assassiné

Que sait-on de l’assassinat du président haïtien ?

Le président de la République d’Haïti, Jovenel Moïse, a été assassiné cette nuit, a annoncé ce matin le Premier ministre haïtien sortant, Claude Joseph. « Un groupe d’individus non identifiés, dont certains parlaient en espagnol » a attaqué la résidence privée du chef de l’État, située en périphérie de Port-au-Prince, la capitale, a déclaré Claude Joseph. Le Premier ministre sortant, dont le successeur a été nommé il y a deux jours, a appelé « la population au calme » et a déclaré l’état de siège, renforçant les pouvoirs de l’exécutif. Le ministère de la Défense de la République dominicaine a annoncé « fermer immédiatement » sa frontière avec Haïti. L’Organisation des États américains, qui regroupe 35 pays du continent, a dénoncé l’assassinat de Jovenel Moïse comme une « tentative de saper la stabilité institutionnelle du pays ». Jovenel Moïse était en poste depuis 2017.

Quelle est l’ampleur de la vague de violences que connaît Haïti ?

Haïti est le pays le plus pauvre du continent américain, selon la Banque mondiale, un organisme de financement du développement. Il est confronté à la violence de criminels armés. « Ces derniers mois ont été marqués par plusieurs incidents préoccupants et de graves atteintes aux droits humains perpétrés par des gangs contre les populations civiles », notait le mois dernier la représentante spéciale de l’ONU en Haïti. Entre le 1er février et le 31 mai, ces groupes criminels ont causé 78 homicides et « d’innombrables agressions et viols », déclarait-elle. Son bureau rapportait une augmentation des vols à main armée, visant en particulier les clients de banques et des entrepreneurs locaux. Depuis l’automne, la violence dans la capitale haïtienne a provoqué le déplacement de plus de 13 900 personnes, en grande majorité des femmes et des enfants, déclarait en juin le bureau de l’ONU chargé de la coordination humanitaire.

À quels blocages politiques le pays fait-il face ?

Haïti n’a plus de chambre des députés depuis janvier 2020, les parlementaires n’ayant pas réussi à s’entendre sur les modalités d’organisation des élections législatives prévues en octobre 2019. Depuis un an et demi, le président Jovenel Moïse gouvernait par décret. L’opposition contestait son droit à rester au pouvoir en raison de divergences sur la date à laquelle avait réellement commencé son mandat. En janvier, Jovenel Moïse avait proposé un référendum pour réformer la Constitution et donner plus de pouvoirs au président. La consultation était prévue en avril avant d’être reportée à juin puis à septembre, pour différentes raisons, dont l’épidémie de Covid-19. La Constitution actuelle prévoit toutefois que « toute consultation populaire tendant à modifier la Constitution par voie de référendum est formellement interdite ». Jovenel Moïse avait donné pour mission au Premier ministre nommé il y a deux jours de faciliter la tenue prochaine d’élections générales et du référendum.

POUR ALLER PLUS LOIN

Notre article de février sur les manifestations contre le président haïtien.

Un portrait de Jovenel Moïse sur le site de RFI.