10 juillet 2021

On revient au début

La guerre d’Afghanistan

L’offensive des talibans a progressé en Afghanistan cette semaine, principalement dans le nord du pays. Les talibans contrôlent plus de 50 % des districts du pays, contre moins de 20 % pour le gouvernement, le reste étant disputé, selon un décompte réalisé par le centre de réflexion américain Foundation for Defense of Democracies. 20 ans après le début de l’intervention américaine en Afghanistan, les talibans ont lancé une nouvelle insurrection en mai contre les forces afghanes dans un contexte de retrait définitif des troupes américaines et étrangères du pays, qui doit s’achever d’ici septembre.


À l’origine

L’invasion de l’Afghanistan par l’URSS en 1979, qui survient après un coup d’État mené par le parti communiste afghan, ouvre une décennie de guerre dans le pays. Des groupes armés afghans lancent le djihad (la guerre sainte) contre l’occupant soviétique. À la fin des années 1980, le Saoudien Oussama Ben Laden fonde l’organisation clandestine Al-Qaïda au Pakistan voisin, afin de former les combattants et d’organiser plus tard un djihad à vocation internationale. Défaite, l’URSS se retire d’Afghanistan en 1989, laissant place à une guerre civile entre différentes factions afghanes. En 1994, les talibans, des combattants composés en grande partie d’anciens étudiants d’écoles coraniques afghanes et pakistanaises, se soulèvent dans le sud-est du pays. Ils s’emparent de Kaboul, la capitale, en 1996, et instaurent l’Émirat islamique d’Afghanistan. Appliquant une idéologie fondée sur le salafisme (un courant rigoriste de l’islam) et le code coutumier pachtoune (le plus important groupe ethnique afghan), ils imposent de nombreuses restrictions à la population. En 2001, les talibans contrôlent une grande partie du pays.


Les dates clés

2001

Le président des États-Unis, George W. Bush, lance une opération militaire en Afghanistan en octobre 2001, avec le soutien de plusieurs pays et organisations internationales, qui vise « les terroristes d’Al-Qaïda et les installations militaires des talibans ». Les États-Unis accusent le régime des talibans de couvrir Al-Qaïda, dont des bases d’entraînement se trouvent en Afghanistan. Un mois plus tôt, des terroristes d’Al-Qaïda avaient détourné des avions et perpétré les attentats du 11-Septembre aux États-Unis, tuant près de 3 000 personnes. En quelques semaines, le régime taliban est défait et se replie, tandis qu’Oussama Ben Laden reste introuvable. Les principales factions afghanes, sans les talibans, signent en décembre, sous l’égide de l’ONU, l’accord de Bonn qui prévoit l’instauration d’un gouvernement de transition. Il est dirigé par Hamid Karzaï, qui deviendra en 2004 le premier président démocratiquement élu du pays. L’accord prévoit aussi la mise en place d’une force internationale sous mandat de l’ONU pour assurer la sécurité à Kaboul, la Force internationale d’assistance à la sécurité (Fias).

2006

L’Afghanistan connaît en 2006 un regain de violences, tandis que les talibans changent de mode opératoire avec le recours accru aux attentats-suicides. Le nombre de ces actions a été multiplié par sept entre 2005 et 2006, avec 123 attentats-suicides recensés, selon un rapport de 2007 de la mission de l’ONU en Afghanistan. « Les missions-suicides font désormais partie intégrante de la stratégie des talibans », affirme le rapport, soulignant un « phénomène nouveau » en Afghanistan. L’intensification de l’insurrection des talibans, s’accompagne fin 2006 d’une extension à l’ensemble du pays des opérations de la Fias, dont le commandement a été repris par l’alliance militaire de l’Otan. Reconnaissant que « la situation est de plus en plus périlleuse », le président américain Barack Obama annonce en 2009 une « nouvelle stratégie globale » en Afghanistan et au Pakistan contre le terrorisme, qui passe par l’envoi de troupes supplémentaires. En mai 2011, Oussama Ben Laden est tué dans les zones tribales pakistanaises par un commando américain.

2014

L’Otan met fin en décembre 2014 à la mission de la Fias, après avoir achevé le transfert des opérations de sécurité à l’armée afghane. Le retrait de la Fias avait été entériné lors d’un sommet de l’Otan en mai 2012. Le président français François Hollande y avait confirmé le retrait à la fin de l’année 2012 des forces françaises combattantes engagées dans cette coalition. « Le sommet de Chicago a acté la défaite des pays occidentaux en Afghanistan », qui s’illustre par la résistance des talibans après 10 ans de guerre et par l’échec de la stratégie américaine, analyse en mai 2012 dans L’Express Gilles Dorronsoro, professeur de science politique, spécialiste de l’Afghanistan. À son apogée, en 2011, la Fias a mobilisé plus de 130 000 soldats provenant de 50 pays membres et partenaires de l’Otan, dont le premier pays contributeur était les États-Unis (avec 90 000 soldats). La Fias est remplacée le 1er janvier 2015 par une mission d’assistance et de formation des forces de sécurité afghane, constituée d’une dizaine de milliers de soldats et dont les États-Unis restent le premier contributeur.

2020

Après plusieurs mois de négociations, les États-Unis et les talibans concluent en février 2020 un accord de paix. Il prévoit le retrait total des troupes américaines d’Afghanistan et de leurs alliés de la coalition d’ici mai 2021, en échange de quoi les talibans s’engagent à ne plus soutenir de groupes terroristes menaçant « la sécurité des États-Unis et de leurs alliés » et à ouvrir des pourparlers de paix avec le gouvernement afghan. Ces négociations débutent en septembre 2020 au Qatar et se poursuivent aujourd’hui. En avril 2021, le président américain, Joe Biden, annonce que le retrait définitif des troupes américaines et étrangères sera effectif en septembre, estimant qu’il est « temps de mettre fin à la plus longue guerre » de l’histoire des États-Unis et que les objectifs ont été « atteints » avec la mort de Ben Laden et l’affaiblissement d’Al-Qaïda en Afghanistan. En 20 ans, l’intervention américaine en Afghanistan et au Pakistan a coûté plus de 2 000 milliards de dollars aux États-Unis, selon un rapport du mois d’avril 2021 de Costs of War, un projet universitaire américain. Il estime à 241 000 les morts directs du conflit, dont 71 000 civils.


L’analyse

La résistance des talibans. « L’intervention américaine a créé un vide » en Afghanistan, en l’absence de volonté des États-Unis de « reconstruire l’État » afghan, expliquait Gilles Dorronsoro dans Libération en mai. La corruption des responsables afghans et le manque de moyens de la justice « ont permis aux talibans de proposer un service public que l’État ne fournissait plus vraiment », estime-t-il. Plus de la moitié de la population afghane a moins de 20 ans, selon des données de 2019 du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), ce qui signifie qu’elle n’a connu que la guerre et la présence de forces étrangères. Les talibans sont un mouvement politique organisé, avec des bases arrières situées au Pakistan. Ils se financent en partie par l’économie de l’opium, en taxant les produits agricoles dans les zones qu’ils contrôlent. En 2016, la moitié de leurs revenus provenaient de l’économie illicite de la drogue, selon un rapport de l’Office des Nations unies contre les drogues et le crime.