16 juillet 2021

Tout s’explique

Une semaine de violences en Afrique du Sud

Quelle est la situation en Afrique du Sud ?

Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a rapporté aujourd’hui que le bilan des violences qui ont lieu dans le pays depuis une semaine avait augmenté, atteignant désormais 121 morts. Des pillages et des affrontements avec les forces de l’ordre ont lieu particulièrement dans la province du KwaZulu-Natal, dans l’est du pays, et à Johannesburg, la ville la plus peuplée du pays. Hier soir, le gouvernement recensait plus de 2 200 arrestations et annonçait le déploiement de 25 000 militaires pour aider la police à endiguer les violences, tout en affirmant que la situation se stabilisait. En déplacement dans le KwaZulu-Natal, Cyril Ramaphosa a dénoncé des incidents « planifiés » et « coordonnés » et a affirmé que le gouvernement poursuivrait les « instigateurs » de ces émeutes. Les affrontements ont débuté en réaction à l’incarcération le 7 juillet de l’ancien président Jacob Zuma dans la province du KwaZulu-Natal.

Qu’est-ce qui est reproché à Jacob Zuma ?

Jacob Zuma, président de l’Afrique du Sud de 2009 à 2018, a été condamné fin juin à 15 mois de prison ferme pour outrage à la justice par la Cour constitutionnelle sud-africaine, la plus haute institution judiciaire du pays. Il lui est reproché d’avoir refusé à de multiples reprises de témoigner devant une commission chargée d’enquêter sur des soupçons de corruption et de fraude sous sa présidence. En mars 2016, la Cour constitutionnelle avait jugé que Jacob Zuma avait enfreint la Constitution en refusant de rembourser l’argent public qu’il avait utilisé pour des rénovations de sa résidence privée. La même année, un rapport de la médiatrice de la République l’accusait d’avoir des liens avec une riche famille, les Gupta, et soupçonnait celle-ci d’avoir imposé la nomination de ministres pour favoriser ses intérêts. En février 2018, Jacob Zuma avait démissionné de ses fonctions de président, après une demande officielle de son parti, le Congrès national africain (ANC).

Quelle est la situation économique et sociale du pays ?

« La condamnation de Jacob Zuma est l’étincelle qui a embrasé la situation », explique Thierry Vircoulon, chercheur associé spécialiste de l’Afrique australe à l’Institut français des relations internationales, un centre de réflexion. Interrogé ce matin sur la radio chrétienne RCF, il affirme que « l’Afrique du Sud est l’une des sociétés les plus inégalitaires du monde ». D’après les données de l’OCDE, qui réunit 38 pays parmi les plus développés du monde, les 10 % ayant les plus hauts revenus en Afrique du Sud gagnaient en 2015 sept fois plus que les 40 % ayant les revenus les plus bas. Au premier trimestre 2021, le taux de chômage en Afrique du Sud était de 32,6 %, soit 7,2 millions de personnes sans emploi, selon l’institut national de statistiques sud-africain. La pandémie de Covid-19 a durement touché la société sud-africaine, qui affronte une troisième vague depuis le mois de mai. Près de 65 600 décès y ont été enregistrés par l’Organisation mondiale de la santé, une agence de l’ONU, depuis le début de l’épidémie.