19 juillet 2021

Tout s’explique

Un logiciel espion utilisé par des États contre des journalistes

Quelle affaire d’espionnage a été révélée hier ?

Un logiciel espion installé sur des téléphones est utilisé par plusieurs gouvernements depuis 2016 pour « surveiller de façon systématique » des journalistes, ainsi que des activistes et des responsables politiques, dont des chefs d’État, selon une enquête dont le premier volet a été publié hier par le consortium international de journalistes Forbidden Stories. L’enquête s’appuie sur une fuite de 50 000 numéros de téléphone sélectionnés par une dizaine de gouvernements en vue d’une potentielle surveillance. Au moins 180 journalistes ont été surveillés par les autorités de pays comme l’Inde, le Mexique et le Maroc, affirme Forbidden Stories. Le logiciel Pegasus est vendu par la société israélienne NSO à des gouvernements afin de collecter des données provenant de smartphones de réseaux criminels et terroristes. Il permet d’infiltrer discrètement un téléphone, donnant un accès total à son contenu. NSO a nié hier « fermement les fausses allégations » de l’enquête et a démenti toute fuite de données de ses serveurs.

Où en est la liberté de la presse dans le monde ?

L’exercice du journalisme est « gravement entravé » dans 73 pays et « restreint » dans 59 autres, selon l’édition 2021 du classement annuel mondial de la liberté de la presse établi par l’ONG Reporters sans frontières (RSF). Ces entraves concernent ainsi 73 % des 180 pays évalués. RSF relève une « dégradation flagrante » liée à la pandémie de Covid-19, les journalistes ayant été « confrontés à une fermeture des accès au terrain comme aux sources d’information, du fait ou au prétexte de la crise sanitaire ». Un « nombre record » de 274 journalistes emprisonnés dans le monde du fait de leur travail a été enregistré en 2020, rapportait en décembre le Comité pour la protection des journalistes, une association américaine. Parmi les atteintes à la liberté de la presse, RSF notait en mars 2020 le recours par certains États « autoritaires » à l’espionnage numérique de journalistes via des sociétés privées spécialisées et basées dans des pays démocratiques, comme la Suisse, l’Allemagne et les États-Unis.

En quoi consiste le consortium Forbidden Stories ?

Basé en France, le consortium international Forbidden Stories a été créé en 2017 par le journaliste français Laurent Richard avec pour objectif de poursuivre et de publier le travail de journalistes menacés, emprisonnés ou assassinés. Pour chaque enquête, il fait collaborer des médias internationaux répartis sur plusieurs continents afin « d’enquêter massivement » et de « donner de la visibilité et de l’impact » à leur travail, précise-t-il sur son site. Depuis la création du consortium, 60 médias de 38 pays ont participé aux enquêtes collaboratives, dont Le Monde et Radio France. Forbidden Stories a publié depuis 2018 le « Projet Daphne », du nom de la journaliste maltaise Daphne Caruana Galizia assassinée en 2017 et qui enquêtait sur la corruption à Malte, ainsi que le « Projet Green Blood », reprenant le travail de plusieurs journalistes assassinés ou emprisonnés parce qu’ils enquêtaient sur des scandales environnementaux.

POUR ALLER PLUS LOIN

L’enquête de Forbidden Stories sur Pegasus.