28 juillet 2021

Tout s’explique

La « dette » de la France pour les essais nucléaires en Polynésie

Qu’a déclaré Emmanuel Macron sur les essais nucléaires en Polynésie ?

Emmanuel Macron a déclaré ce matin, lors d’un déplacement à Papeete, en Polynésie française, que la Nation avait « une dette à l’égard de la Polynésie française » pour avoir mené des essais nucléaires dans cet archipel de l’océan Pacifique pendant 30 ans. Le chef de l’État a affirmé au sujet des essais atmosphériques menés entre 1966 et 1974 : « On ne peut absolument pas dire qu’ils étaient propres. » Il a ajouté que les risques pris n’avaient pas été « parfaitement mesurés, car on ne les connaissait pas parfaitement ». Affirmant vouloir « briser le silence » de l’État, Emmanuel Macron a annoncé l’ouverture des archives sur ces essais nucléaires, sauf celles contenant des informations qui compromettraient la dissuasion nucléaire française. Il a également annoncé une meilleure indemnisation des victimes, avec entre autres davantage de moyens humains et financiers alloués au Comité d’indemnisation des victimes des essais nucléaires (Civen), une autorité administrative indépendante.

En quoi ont consisté ces essais nucléaires ?

Après avoir mené de premiers essais nucléaires à partir de 1960 dans le désert algérien pour tester ses capacités de dissuasion, la France a poursuivi en 1966 ses essais en Polynésie française, sur les atolls de Mururoa et Fangataufa [voir la carte], choisis en raison de leur faible peuplement et de leur caractère géographique isolé. 46 essais (dont cinq sans explosion nucléaire) y ont été menés dans l’atmosphère jusqu’en 1974, puis 147 (dont 10 sans explosion nucléaire) en souterrain de 1975 à 1996, selon un rapport du ministère de la Défense de 2007. Si des zones étaient évacuées avant chaque essai pour éviter toute retombée radioactive, « certains essais ont eu des retombées plus significatives et au-delà des zones de sécurité », souligne un rapport du Sénat de 2013. En 1992, le président François Mitterrand a décidé d’un moratoire sur les essais nucléaires. Le président Jacques Chirac les a fait reprendre pour une ultime campagne en 1995 et 1996.

Quelles ont été les conséquences sanitaires ?

En février, une étude de l’Inserm, un institut de recherche médicale public, a estimé que le lien entre des pathologies, comme des cancers, et ces essais nucléaires était « difficile à mettre en évidence dans la population polynésienne ». Depuis sa mise en place en 2010, le Civen a accepté 197 demandes de réparation sur les 416 déposées par la population locale, selon son rapport 2020. Pourtant, « le vivier de personnes potentiellement contaminées est très large », affirme le rapport du Sénat de 2013 en comptant plusieurs dizaines de milliers d’habitants et 150 000 travailleurs présents sur les sites des essais pendant toute la période. Selon une enquête du média Disclose publiée en mars, des habitants ont été exposés à des doses de radioactivité deux à 10 fois supérieures à celles avancées par les autorités et sur lesquelles s’appuie le Civen pour examiner les demandes qu’il reçoit. 23 maladies, essentiellement des cancers, sont reconnues en France comme résultant d’une exposition aux essais nucléaires.

POUR ALLER PLUS LOIN

Un extrait du discours d’Emmanuel Macron à Papeete sur les essais nucléaires.

Les enquêtes de Disclose sur les essais nucléaires en Polynésie.