3 août 2021

Tout s’explique

Un président conservateur investi en Iran

Qui est Ebrahim Raïssi ?

Ebrahim Raïssi a été investi aujourd’hui président de la République islamique d’Iran. Il a affirmé que les Iraniens qui l’ont élu avaient manifesté une demande de « changement, de justice, de combat contre la corruption », la pauvreté et les discriminations. Ce conservateur avait remporté l’élection présidentielle organisée le 18 juin. Le Conseil des gardiens de la Constitution, qui valide les candidatures, avait écarté les principaux candidats réformateurs. Ebrahim Raïssi était depuis mars 2019 le chef du système judiciaire iranien. Le département du Trésor des États-Unis l’a placé en novembre 2019 sur sa liste de personnes sanctionnées, l’accusant d’avoir participé à une commission ayant ordonné « les exécutions extrajudiciaires de milliers de prisonniers politiques » en 1988. En juin, la secrétaire générale de l’ONG de défense des droits humains Amnesty International, Agnès Callamard, a déclaré qu’Ebrahim Raïssi devrait faire l’objet d’une enquête pour crimes contre l’humanité.

Dans quelle situation économique se trouve l’Iran ?

« Nous faisons face à une inflation de plus de 44 % », a déclaré aujourd’hui le nouveau président iranien, ajoutant que la dette de son pays avait triplé depuis 2015. L’Iran a souffert du rétablissement en 2018 des sanctions américaines levées après l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien. Le pays a vu son PIB (la production totale de biens et services) baisser de 6 % en 2018 et de 6,8 % en 2019, même s’il est remonté de 1,5 % en 2020, selon le FMI, un organisme chargé de garantir la stabilité financière mondiale. Ebrahim Raïssi a promis aujourd’hui de chercher à « lever les sanctions tyranniques imposées par l’Amérique ». « Faire confiance à l’Occident ne fonctionne pas », a déclaré mercredi le Guide de la révolution islamique, Ali Khamenei, principale autorité du pays. L’Iran est désormais tourné vers la Chine, qui représentait près de 10 % de ses exportations et près du quart de ses importations en 2018, selon la Banque mondiale, un organisme de financement du développement.

Où en sont les négociations sur le nucléaire iranien ?

L’accord sur le nucléaire iranien a été signé en 2015 entre l’Iran, les États-Unis, la Chine, la Russie, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et l’Union européenne. L’Iran s’y engageait à limiter ses capacités de production nucléaire en échange d’une levée des sanctions économiques le visant. Depuis le retrait des États-Unis de l’accord en 2018, l’Iran s’est progressivement affranchi de ses obligations. Des négociations ont repris à Vienne, en Autriche, en avril. Elles visent en particulier à préparer un retour des États-Unis dans l’accord. Elles ont néanmoins été suspendues le 20 juin, dans l’attente de la désignation du nouvel exécutif iranien. Les relations entre plusieurs pays négociateurs et l’Iran se sont un peu plus tendues la semaine dernière, les chefs des diplomaties américaine et britannique accusant l’Iran d’être responsable d’une attaque au drone contre un pétrolier dans la mer d’Oman.

POUR ALLER PLUS LOIN

Notre dossier de 2019 sur l’Iran depuis la révolution islamique.

Un reportage de 2020 d’Arte sur l’impact des sanctions américaines en Iran.