13 août 2021

Tout s’explique

L’opposition réprimée au Nicaragua

Qu’a annoncé le journal La Prensa ?

La Prensa, journal d’opposition au Nicaragua, a déclaré hier soir que les douanes du pays bloquaient le papier nécessaire à l’impression de ses éditions et a annoncé la suspension de sa publication au format papier. « Nous continuerons de faire notre travail à travers les plateformes numériques », a précisé le secrétaire du conseil d’administration du journal, dénonçant « une nouvelle mesure de pression » de la part du régime du président Daniel Ortega. L’ONG Reporters sans frontières (RSF) estime sur son site que depuis 2016, « la presse indépendante vit un véritable cauchemar », victime de « censure, intimidations, menaces ». « Face à la pénurie de matières premières (papier, caoutchouc) orchestrée par les autorités, les journaux imprimés du pays ont par ailleurs quasiment tous disparu du paysage médiatique » du Nicaragua, explique RSF, qui a rangé le pays d’Amérique centrale à la 121e place sur 180 dans son classement 2021 de la liberté de la presse.

Dans quel contexte se préparent les élections de novembre ?

Des élections générales sont prévues le 7 novembre au Nicaragua. Daniel Ortega, 75 ans, déjà au pouvoir entre 1979 et 1990 et président depuis 2007, brigue un quatrième mandat consécutif. Le Front sandiniste de libération nationale, le parti de Daniel Ortega, a validé début août la candidature de celui-ci ainsi que celle de son épouse, Rosario Murillo, pour la vice-présidence, qu’elle occupe déjà. Depuis mai, une trentaine d’opposants politiques ont été arrêtés, parmi lesquels sept potentiels candidats à la présidentielle. Le Conseil suprême électoral a annulé la semaine dernière le statut légal de Citoyens pour la liberté, le dernier grand parti d’opposition encore en lice pour l’élection, l’empêchant ainsi d’y participer. « On est désormais face à une élection qui n’en a que le nom, puisqu’il ne reste aucun parti d’opposition pouvant présenter un candidat, ni même accompagner et surveiller la procédure électorale », expliquait Maya Collombon, enseignante-chercheuse à Sciences Po Lyon, dans Libération lundi.

Quelles relations le pays entretient-il avec l’étranger ?

Le gouvernement du Nicaragua a annoncé lundi le rappel de ses ambassadeurs en poste dans quatre pays d’Amérique latine, l’Argentine, la Colombie, le Mexique et son voisin le Costa Rica. Ceux-ci avaient dénoncé la répression des opposants au régime de Daniel Ortega et avaient déjà rappelé leurs ambassadeurs au Nicaragua ces dernières semaines. Le président nicaraguayen est de plus en plus isolé au sein de la région et critiqué par les représentants de la gauche latino-américaine, comme l’ancien président uruguayen José Mujica, qui a signé une lettre collective le mois dernier estimant que Daniel Ortega s’était transformé en un « président autocrate et autoritaire ». Plusieurs pays et institutions, comme l’Union européenne et les États-Unis, ont adopté des sanctions contre des personnalités du régime, en particulier depuis la répression violente d’un mouvement de contestation en 2018. Celle-ci avait fait 328 morts en cinq mois, selon la Fédération internationale pour les droits humains, une ONG.

POUR ALLER PLUS LOIN

Un entretien sur France Culture sur la détérioration de l’état de droit au Nicaragua.