16 août 2021

Tout s’explique

Les talibans reprennent le pouvoir en Afghanistan

Que se passe-t-il à Kaboul ?

Les talibans, des combattants islamistes qui ont dirigé l’Afghanistan de 1996 à 2001, ont pris hier le contrôle de Kaboul, la capitale afghane, sans rencontrer de résistance. Ils s’étaient déjà emparés des autres grandes villes du pays ces 10 derniers jours. Le président afghan, Ashraf Ghani, a déclaré sur Facebook hier soir avoir fui le pays pour « éviter un bain de sang ». Les ambassades de pays étrangers en Afghanistan évacuent depuis plusieurs jours leurs ressortissants, tandis que des milliers d’Afghans ont tenté hier et aujourd’hui de monter à bord de vols de rapatriement à l’aéroport de Kaboul. Au moins cinq personnes y sont décédées, ont rapporté des témoins à l’agence Reuters. « La guerre est terminée dans le pays », a déclaré hier soir le porte-parole du bureau politique des talibans à la chaîne de télévision Al Jazeera.

Comment expliquer cette conquête rapide du pouvoir ?

La progression des talibans en Afghanistan survient dans le contexte du retrait définitif des troupes américaines du pays, qui devait s’achever à la fin du mois. Selon Myriam Benraad, politologue spécialiste du Moyen-Orient, interrogée par Franceinfo, l’avancée rapide des talibans ces dernières semaines s’explique par le fait qu’« un certain nombre des membres de l’armée afghane ont déserté ou ont rejoint les talibans en voyant que le vent tournait ». Elle estime également que le retrait du soutien américain et la corruption au sein de l’armée afghane ont été des facteurs décisifs. Les talibans bénéficient aussi parfois de l’appui de la population locale, en particulier du peuple pachtoune, qui en représente une part importante, explique Christian Olsson, chercheur en relations internationales, au journal belge L’Écho : « Les Pachtounes sont originaires du sud, d’où viennent aussi les talibans, et la hiérarchie talibane est pachtoune. »

Quelles sont les critiques faites aux États-Unis ?

Le retrait des troupes américaines avait été négocié avec les talibans sous la présidence du Républicain Donald Trump. Les Républicains ont toutefois critiqué la gestion de ce retrait par son successeur, Joe Biden. « La sortie bâclée de la présidence Biden d’Afghanistan, y compris l’évacuation frénétique des Américains et des Afghans vulnérables de Kaboul, est un échec honteux du leadership américain », a déclaré hier soir le sénateur républicain Mitch McConnell. Le président américain avait estimé samedi qu’« une année de plus ou cinq années de plus de présence militaire américaine n’auraient pas fait de différence si l’armée afghane ne peut pas ou ne veut pas tenir son propre pays ». Certains pays ont affiché leur intention de dialoguer avec les talibans. Une porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a affirmé aujourd’hui que la Chine souhaitait « continuer de développer des relations de voisinage amicales » avec le pays frontalier.

POUR ALLER PLUS LOIN

Un article de Franceinfo sur les principaux dirigeants des talibans.

Notre dossier sur la guerre d’Afghanistan.