28 août 2021

On revient au début

Les talibans

Un attentat perpétré jeudi à l’aéroport de Kaboul, la capitale afghane, a tué au moins 170 civils, selon des responsables de santé publique locaux, et 13 soldats américains, selon le département américain de la Défense. Il a été revendiqué par la branche de l’État islamique en Afghanistan. Les États-Unis ont annoncé cette nuit avoir mené une frappe de drone contre cette branche. L’aéroport de Kaboul est le théâtre d’évacuations d’Afghans et de rapatriements d’étrangers depuis la prise du pouvoir le 15 août par les talibans. Ce mouvement fondamentaliste islamiste avait contrôlé le pays de 1996 à 2001, avant d’être défait par l’intervention militaire des États-Unis.


À l’origine

Le mouvement des talibans apparaît en 1994 dans le sud-est de l’Afghanistan, dans la province de Kandahar, qui jouxte la frontière avec le Pakistan. Ses membres ont été recrutés en grande partie parmi les étudiants pachtounes (l’ethnie majoritaire en Afghanistan) d’écoles religieuses établies de part et d’autre de la frontière. Le mot « talibans » signifie « étudiants ». Dans un contexte de guerre civile entre factions afghanes survenue après la chute du gouvernement communiste en 1992, les talibans, commandés par le mollah Omar, cherchent à rétablir l’ordre. Leur doctrine repose sur une interprétation rigoriste de l’islam et sur le code coutumier pachtoune. « Perçus au début comme neutres, ils ont pu manipuler les rivalités locales » et obtenir le ralliement de la population en ramenant « la paix et la sécurité », notait Mariam Abou-Zahab, chercheuse spécialiste de l’Afghanistan, dans une revue en 2010. Avec l’aide militaire et financière du Pakistan, les talibans s’emparent de la ville de Kandahar en 1994 et prennent rapidement le contrôle de provinces de l’est et de l’ouest du pays.


Les dates clés

1996

Deux ans après le début de leur offensive, les talibans prennent le contrôle de Kaboul, la capitale de l’Afghanistan, en septembre 1996. Ils proclament par la suite l’Émirat islamique d’Afghanistan, que dirige le mollah Omar, et instaurent un régime basé sur la seule application de la charia, la loi islamique issue du Coran, dont ils ont une interprétation qui leur est propre. Sont interdits les divertissements comme la télévision et la pratique du cerf-volant, populaire dans le pays. Les femmes ne peuvent sortir du foyer qu’accompagnées d’un homme et en portant la burqa (un voile intégral grillagé au niveau des yeux). Elles ont l’interdiction d’étudier et de travailler. Les contrevenantes subissent des châtiments corporels. L’ONG de défense des droits humains Human Rights Watch rapporte en 2001 que le taux d’illettrisme chez les filles afghanes dépasse 90 %. En 1998, les talibans contrôlent la quasi-totalité du pays, à l’exception de poches de résistance dans le nord. Seuls trois pays reconnaissent leur régime : le Pakistan, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

2001

Le président des États-Unis George W. Bush lance en octobre 2001 une opération militaire en Afghanistan qui vise « les terroristes d’Al-Qaïda et les installations militaires des talibans », avec le soutien de plusieurs pays. Le régime des talibans a refusé de livrer Oussama Ben Laden, le chef de l’organisation terroriste Al-Qaïda, responsable un mois plus tôt des attentats du 11-Septembre sur le sol américain. Les États-Unis l’accusent d’héberger le groupe terroriste. En dépit de divergences sur leurs objectifs respectifs, les talibans ont permis à Al-Qaïda de s’établir en Afghanistan, où l’organisation a installé à partir de 1996 des camps d’entraînement de djihadistes. Al-Qaïda a fourni des ressources matérielles et humaines aux talibans. L’intervention américaine met rapidement fin au régime des talibans, en novembre 2001. Ses dirigeants, dont le mollah Omar, trouvent refuge dans une région frontalière du nord-ouest du Pakistan, d’où ils vont progressivement se réorganiser.

2007

Alors que le mollah Omar avait interdit la culture de l’opium en 2000, « les talibans utilisent à nouveau l’opium pour servir leurs intérêts », affirme en 2007 l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC). Les talibans « ont commencé à tirer des ressources de l’économie de la drogue pour l’armement, la logistique et la rémunération des milices », affirme-t-il. La récolte de pavot à opium a atteint un niveau record en 2007 en Afghanistan, selon l’ONUDC. Il est alors cultivé essentiellement dans cinq provinces du sud de nouveau sous influence des talibans. Grâce à l’argent de l’opium, les talibans rallient de nouveaux combattants et organisent des attentats-suicides, relèvent deux politologues dans une revue du Centre d’études en sciences sociales de la défense, un centre de recherche du ministère français de la Défense, de 2008. « La deuxième génération de talibans se caractérise par une approche plus pragmatique et moins rigoriste que la première génération », analysent-ils. Ces « néotalibans » utilisent aussi les technologies numériques et la vidéo pour leur propagande.

2020

Les États-Unis et les talibans concluent en février 2020 les accords de Doha, au Qatar. Ces accords de paix prévoient le retrait total des troupes américaines et étrangères d’Afghanistan d’ici mai 2021, en échange duquel les talibans s’engagent à ne plus soutenir de groupes terroristes menaçant « la sécurité des États-Unis et de leurs alliés », dont Al-Qaïda, et à ouvrir des pourparlers de paix avec le gouvernement afghan. Ces négociations débutent en septembre 2020 au Qatar et se poursuivent jusqu’en juillet 2021, sans avancée concrète. Tandis que les troupes américaines et leurs alliés amorcent leur retrait du pays au printemps 2021, les talibans reprennent en mai leur offensive dans le pays. En quelques semaines, ils s’emparent de la quasi-totalité des districts [voir les cartes animées, en anglais]. Le 15 août 2021, ils arrivent à Kaboul sans rencontrer de grande résistance. Dans un message publié sur Facebook, le président afghan Ashraf Ghani annonce avoir fui le pays et reconnaît la victoire des talibans.


Les personnages

Haibatullah Akhundzada est l’actuel chef des talibans. Il a été nommé par un conseil de direction en 2016, après la mort dans une frappe américaine de son prédécesseur, qui avait lui-même succédé au mollah Omar mort en 2013. Originaire de Kandahar, bastion des talibans, et âgé d’environ 60 ans, Haibatullah Akhundzada devient de facto le dirigeant de l’Afghanistan. Cet érudit religieux est un ancien juge sous le régime taliban.

Sirajuddin Haqqani est le premier adjoint du chef des talibans et le commandant du réseau Haqqani, un groupe basé en Afghanistan et au Pakistan. « Tout en étant intégré aux talibans, le réseau Haqqani conserve un statut semi-autonome » et « assure la liaison principale entre les talibans et Al-Qaïda », selon un document du Conseil de sécurité de l’ONU de juin 2021. Sirajuddin Haqqani est le fils de Jalaluddin Haqqani, chef de guérilla pachtoune qui a fondé ce réseau dans les années 1980 et s’est allié par la suite aux talibans. Le réseau Haqqani est impliqué dans plusieurs attaques terroristes en Afghanistan, selon le Conseil de sécurité de l’ONU.

Ahmad Massoud, 32 ans, est un chef de guerre afghan établi dans la vallée du Panchir, au nord-est de Kaboul, qui constitue aujourd’hui la dernière poche de résistance aux talibans. Dirigeant le Front national de résistance, un mouvement créé pour lutter contre l’avancée des talibans, il a affirmé la semaine dernière avoir été rejoint par des soldats de l’armée régulière afghane. Son père, le commandant Massoud, avait lui aussi résisté aux talibans de 1996 et 2001, avant d’être assassiné en 2001 par Al-Qaïda.