4 septembre 2021

On revient au début

L’internationalisation du groupe État islamique

La branche afghane du groupe État islamique (EI ou Daech) a revendiqué un attentat perpétré le 26 août à l’aéroport de Kaboul, la capitale d’Afghanistan. Au moins 170 civils, selon des responsables de santé publique locaux, et 13 soldats américains, selon le département américain de la Défense, y ont été tués. L’organisation terroriste EI a proclamé en 2014 un « califat » en Irak et en Syrie. Plusieurs mouvements djihadistes, au Moyen-Orient et en Afrique en particulier, lui ont prêté allégeance.


À l’origine

En octobre 2006, le Conseil consultatif des Moudjahidines en Irak, une alliance de groupes armés djihadistes à laquelle participe Al-Qaïda en Irak, crée l’État islamique d’Irak. « C’est une mouvance insurrectionnelle qui est née dans les premières années de l’occupation américaine », explique à B‌r‌i‌e‌f‌.‌m‌e Myriam Benraad, professeure associée en relations internationales à l’université internationale Schiller. « Le proto-État islamique séduit un certain nombre d’insurgés, car il a un projet politique face à un État irakien absent, un État fantoche aux mains des Américains », poursuit-elle. Cette organisation terroriste a pour idéologie le salafisme, fondé sur une interprétation littérale du Coran. Elle s’étend à partir de 2012 en Syrie voisine et devient, en avril 2013, l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL).


Les dates clés

2014

Le 29 juin 2014, l’EIIL proclame un « califat » sur les territoires conquis en Irak et en Syrie. Le groupe annonce qu’il portera désormais uniquement le nom d’« État islamique » (EI) et désigne son chef, Abou Bakr al-Baghdadi, comme « calife », soit le chef des musulmans partout dans le monde. À partir du mois d’août, les États-Unis lancent de premières frappes contre les djihadistes en Irak, puis créent une coalition internationale antiterroriste pour combattre l’EI en Irak et en Syrie. Plusieurs mouvements islamistes prêtent allégeance à Daech à partir de 2014 : dans des pays du Moyen-Orient, d’Afrique (Nigeria, Égypte, Libye, etc.) ou d’Asie du Sud-Est (Indonésie, Philippines). « On peut qualifier l’EI d’impérialiste. La proclamation du califat, qui se veut un empire musulman, crée un effet domino et entraîne le ralliement soit de nouvelles mouvances soit de mouvements existants », explique Myriam Benraad.

2015

En janvier 2015, le groupe État islamique reconnaît officiellement une nouvelle filiale – ou province – en Afghanistan, l’État islamique au Khorasan. Cette organisation a été créée par d’anciens membres des talibans, des fondamentalistes islamistes qui ont dirigé l’Afghanistan de 1996 à 2001 et reprendront le pouvoir mi-août 2021. Les deux mouvements ont des ambitions différentes, selon le politologue Karim Pakzad : « Nationalistes, les talibans défendent certes un islam arriéré et fondamentaliste, mais ils ne veulent prendre le pouvoir que dans un seul pays ; internationaliste, Daech veut faire le djihad dans le monde entier », a-t-il déclaré au Figaro le 19 août. L’EI multiplie les attentats à travers le monde, à la fois dans des pays non musulmans, comme à Paris le 13 novembre 2015 ou à Bruxelles le 22 mars 2016, et dans des territoires à population majoritairement musulmane, comme la Turquie, le Liban, la Tunisie et l’Égypte, « scellant ainsi son ambition d’accroître son impact idéologique dans le monde », explique l’historienne Anne-Clémentine Larroque dans le livre « Géopolitique des islamismes », publié en 2021.

2019

En mars 2019, après avoir été progressivement repoussé par les Forces démocratiques syriennes, une alliance arabo-kurde soutenue par la coalition internationale antidjihadiste, l’EI perd ses derniers territoires en Syrie. Ceux qu’il détenait en Irak avaient été perdus en 2017. Son califat cesse ainsi d’exister. Le 27 octobre, le chef de Daech, Abou Bakr al-Baghdadi, est tué par les forces spéciales américaines à Baricha, en Syrie. Il sera remplacé par Abou Omar al-Turkmani (le Turkmène), « un Irakien qui appartient à la diaspora asiatique. La volonté de l’EI de marquer la projection de son influence en Asie centrale devient officielle », souligne Anne-Clémentine Larroque dans son ouvrage. « Depuis que l’État islamique a entièrement perdu son emprise territoriale en 2019, il dispose d’une moindre capacité à projeter des attaques » en France, estime Laurent Nuñez, coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme dans un entretien au JDD publié en février. « Mais, c’est un fait, au Levant ses forces se reconstituent dans la clandestinité », estime-t-il.

2021

Le 27 mars 2021, le groupe État islamique en Afrique centrale s’empare de la ville de Palma, au Mozambique, près du site d’un projet gazier du groupe énergétique français Total. Palma est reprise par l’armée neuf jours plus tard, mais l’événement est qualifié de « l’un des plus préoccupants du début d’année 2021 » par le Secrétariat général de l’ONU. Dans un rapport publié en juillet, celui-ci s’inquiète de l’expansion « alarmante » de l’EI en Afrique. D’après l’Indice mondial du terrorisme 2020, qui est élaboré par le centre de réflexion international Institute of Economics and Peace, le centre de gravité du groupe État islamique s’est déplacé ces dernières années du Moyen-Orient vers l’Asie et surtout l’Afrique subsaharienne : cette dernière zone a enregistré le plus grand nombre de décès (982, soit 41 % de toutes les victimes) liés à des attaques de l’EI en 2019. Myriam Benraad estime que la situation au Sahel, « sur fond de retrait de l’armée française et d’incapacité des armées africaines à faire face » à l’EI « peut faire basculer la région aux mains des djihadistes, comme l’Afghanistan a basculé récemment aux mains des talibans ».


Les autres organisations djihadistes

Al-Qaïda. Cette organisation terroriste islamiste a été créée au Pakistan en 1988 par Oussama Ben Laden, tué en 2011 par les troupes américaines. Al-Qaïda et le groupe État islamique sont tous deux « dans une logique de djihad global, mais l’EI est dans une logique de conquête de territoire », explique Myriam Benraad, qui précise qu’Al-Qaïda désapprouve les attaques de l’EI contre certaines communautés musulmanes, chiites par exemple.

Aqmi. En 1998, des djihadistes algériens fondent le Groupe salafiste pour la prédication et le combat, qui prêtera par la suite allégeance à Al-Qaïda et deviendra officiellement Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) en 2007. Son chef, Abdelmalek Droukdel, a été tué par l’armée française en 2020. Aqmi opère en particulier dans quatre pays du Sahel : la Mauritanie, le Niger, le Mali et le Burkina Faso.

Boko Haram. Cette secte islamiste a été fondée en 2002 dans le nord-est du Nigeria et est devenue un groupe terroriste armé en 2010. Boko Haram a prêté allégeance au groupe État islamique en 2015 mais s’est ensuite scindée en deux factions rivales, l’une fidèle à Daech, appelée État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO), l’autre ralliée derrière Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram. Celui-ci est mort en mai, lors de combats avec l’EIAO.