5 octobre 2021

Tout s’explique

330 000 victimes de pédocriminalité dans l’Église depuis 1950

Que révèle le rapport de la commission Sauvé ?

La Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) a rendu public aujourd’hui son rapport sur les violences sexuelles commises dans l’Église catholique en France depuis 1950. Au terme de près de trois ans d’enquête, la Ciase estime que 216 000 mineurs ont été victimes d’agressions sexuelles commises par des membres du clergé. Ils sont 330 000 en élargissant aux violences commises par des personnes liées à l’Église, comme le personnel d’établissements catholiques [voir l’infographie]. Le rapport dénonce « un phénomène massif, longtemps recouvert par une chape de silence ». Créée fin 2018 par la Conférence des évêques de France et la Conférence des religieux et religieuses de France, la Ciase est présidée par Jean-Marc Sauvé, un ancien haut fonctionnaire. Le pape François a pris connaissance des conclusions de ce rapport « avec douleur » et appelle l’Église en France à « entreprendre la voie de la rédemption », a déclaré le porte-parole du Vatican aujourd’hui.

Que préconisent les auteurs du rapport ?

« Il ne peut y avoir d’avenir commun sans un travail de vérité, de pardon et de réconciliation », déclare Jean-Marc Sauvé dans la synthèse du rapport de la Ciase. Les auteurs du rapport estiment que l’Église « doit mettre en place une procédure de reconnaissance des violences commises, même prescrites, et indemniser les préjudices subis ». Ils recommandent de vérifier systématiquement les antécédents judiciaires de toute personne mandatée ou affectée par l’Église auprès de mineurs et de mettre en place une refonte de la procédure pénale canonique, la procédure utilisée pour réprimer les infractions au sein de l’Église. Le secret de la confession ne peut s’opposer à l’obligation légale de signaler des violences sexuelles sur mineurs, rappelle la Ciase. Dans un entretien avec Franceinfo, François Devaux, fondateur d’une association de lutte contre la pédocriminalité, s’interroge sur la capacité de l’Église catholique à « porter un tel programme de réformes, aussi large, d’une telle profondeur ».

Des initiatives semblables ont-elles été lancées dans d’autres pays ?

En 2009, une commission d’enquête créée par le gouvernement irlandais a publié un rapport basé sur plus de 1 000 témoignages de victimes révélant des violences sexuelles commises entre 1914 et 2000 dans 216 institutions puis un deuxième sur la situation dans le diocèse de Dublin. À la suite de ces enquêtes, plusieurs évêques irlandais ont démissionné, d’anciens prêtres ont été condamnés et incarcérés. Aux États-Unis, le quotidien The Boston Globe a publié en 2002 une série d’articles sur des abus sexuels massifs au sein de l’archidiocèse de Boston. Ces révélations ont été amplifiées en 2004 par un rapport universitaire mettant en cause plus de 5 000 prêtres dans le pays. En réponse, les autorités catholiques ont renvoyé 300 membres du clergé américain et adopté une charte instaurant des mesures de protection des mineurs.

POUR ALLER PLUS LOIN

Une chronologie de Sud Ouest sur les scandales d’abus sexuels dans l’Église catholique.