6 octobre 2021

Tout s’explique

Le Sénat américain auditionne une lanceuse d’alerte sur Facebook

Qu’a déclaré Frances Haugen devant le Sénat hier ?

Frances Haugen, une ancienne employée de l’entreprise américaine Facebook, a été auditionnée hier par une commission du Sénat des États-Unis. Cette ancienne chef de produit, qui a quitté la société en mai, est à l’origine de révélations sur le fonctionnement interne de Facebook publiées dans le Wall Street Journal mi-septembre. « Les dirigeants de l’entreprise connaissent des moyens de rendre Facebook et Instagram plus sûrs, mais ils ne feront pas les changements nécessaires parce qu’ils ont fait passer leurs immenses profits avant les gens », a affirmé hier Frances Haugen. Elle accuse Facebook d’être conscient du fait que sa plateforme photo Instagram détériore le rapport des adolescentes à leur corps et de minimiser ces effets nocifs. Dans une interview avec la chaîne de télévision CBS, la lanceuse d’alerte a également dénoncé la suppression de dispositifs de lutte contre la désinformation mis en place durant la campagne présidentielle de 2020 aux États-Unis.

Comment Facebook réagit-il à ces accusations ?

Le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a démenti hier soir les accusations de Frances Haugen. « Si nous voulions ignorer la recherche » sur les possibles effets négatifs des réseaux sociaux, « pourquoi créerions-nous un programme d’études de pointe pour comprendre ces problèmes importants ? » a-t-il déclaré dans une publication sur Facebook. Mark Zuckerberg y affirme aussi : « Il est très important pour moi que tout ce que nous construisions soit sûr et bon pour les enfants ». Facebook a suspendu fin septembre le développement d’un projet d’Instagram pour les moins de 13 ans, très critiqué par des organisations de défense des droits des enfants. Plusieurs sénateurs ont demandé hier aux dirigeants de Facebook de participer à une audition devant le Congrès. Mark Zuckerberg avait déjà été interrogé en 2018 par les parlementaires, dans le cadre de l’affaire Cambridge Analytica, une entreprise britannique de profilage électoral qui a aspiré les données de 87 millions d’utilisateurs de Facebook en 2015.

Comment sont régulés les réseaux sociaux aux États-Unis ?

Lors de son audition, Frances Haugen a appelé les parlementaires américains à prendre des mesures pour mieux réguler les réseaux sociaux. Aux États-Unis, les plateformes comme Facebook bénéficient d’une « sous-régulation par rapport à d’autres champs d’activité, comme l’alimentation ou le tabac », explique à Franceinfo Julien Le Bot, journaliste auteur d’un livre sur Mark Zuckerberg. Dans le pays, les réseaux sociaux sont protégés par la « section 230 », un passage d’une loi qui offre aux plateformes internet l’immunité contre toute poursuite liée à un contenu publié par des tiers. Pendant son mandat de président, Donald Trump avait menacé de supprimer cette disposition. Les États-Unis ont « besoin d’une surveillance gouvernementale ciblée et spécialisée pour protéger les consommateurs et la concurrence », estimait en avril Tom Wheeler, ancien président de la Commission fédérale des communications, dans le magazine Time.

POUR ALLER PLUS LOIN

Un portrait de Frances Haugen sur le site d’Ouest-France.