16 octobre 2021

On revient au début

La politique industrielle de la France

Emmanuel Macron a présenté mardi à l’Élysée un plan baptisé « France 2030 », consistant à investir 30 milliards d’euros en cinq ans, essentiellement dans l’industrie. Après des décennies de fort développement industriel, en particulier durant les « Trente Glorieuses » (1945-1973), la France a commencé à se désindustrialiser dans les années 1980, en raison de la concurrence étrangère, d’un désengagement de l’État et du développement des services au détriment de l’industrie. La part de l’industrie dans le PIB (la production totale de biens et services) de la France est passée de 16,9 % en 2000 à 12,5 % en 2017, selon le ministère de l’Économie.


Le concept

L’industrie est définie par l’institut national de statistiques Insee comme l’ensemble des « activités économiques qui combinent des facteurs de production (installations, approvisionnements, travail, savoir) pour produire des biens matériels destinés au marché ». L’industrialisation de la France s’est considérablement accélérée au XIXe siècle, époque de la « révolution industrielle ». « En 1914, la France était une des trois plus grandes puissances industrielles mondiales », souligne l’économiste Pierre Maillet dans un ouvrage publié en 1984. Il y affirme que la France a « une longue tradition d’interventions publiques » pour soutenir l’industrie. La politique industrielle « vise à promouvoir des secteurs qui, pour des raisons d’indépendance nationale, d’autonomie technologique, de faillite de l’initiative privée, de déclin d’activités traditionnelles, d’équilibre territorial ou politique méritent une intervention », expliquent les économistes Élie Cohen et Jean-Hervé Lorenzi dans un rapport publié en 2000.


Les dates clés

1946

En janvier 1946, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le général de Gaulle crée le commissariat général du Plan, afin de « permettre à la France de moderniser ses structures économiques », explique France Stratégie, un organisme d’études et de prospective qui dépend du Premier ministre et qui a pris la suite de cette instance. Le premier plan concentre l’effort industriel de la France sur six secteurs : le charbon, l’électricité, le ciment, le machinisme agricole, le transport et l’acier. Les trois décennies suivantes – appelées les « Trente Glorieuses » – seront marquées par une forte croissance. « Le général de Gaulle met en place les grands projets technologiques et industriels », le nucléaire se développant par exemple autour du Commissariat à l’énergie atomique et l’espace autour du Centre national d’études spatiales, explique l’économiste Christian Stoffaës, ancien membre de l’équipe dirigeante d’EDF, dans un article de 2008. Georges Pompidou, président de 1969 à 1974, « poursuit cette politique en l’infléchissant vers la compétitivité internationale », en investissant pour donner aux grandes entreprises « une avance technologique » et en favorisant des concentrations.

1973

Le premier choc pétrolier, survenu fin 1973, marque la fin des « Trente Glorieuses ». Cet événement a « entraîné une aggravation des phénomènes existants : ralentissement des rythmes de croissance de la production industrielle, et en particulier de l’industrie manufacturière, accélération de la hausse du chômage, inflation galopante, forte augmentation des déficits budgétaires dans la plupart des pays », écrit l’économiste Céline Antonin dans une publication de 2013. Dans ce contexte économique difficile, « la politique industrielle vise à accompagner la conversion des secteurs en difficulté », comme la sidérurgie, explique Christian Stoffaës. La désindustrialisation qui s’amorce dans les années 1970 est en partie due à ce contexte économique, mais aussi à la concurrence étrangère et au développement progressif des services au détriment de l’industrie, note une étude de 2016 de l’Insee.

1986

Après une série de nationalisations d’entreprises au début du mandat de François Mitterrand, élu en 1981, la tendance s’inverse avec l’arrivée au pouvoir d’un Premier ministre de droite, Jacques Chirac, en mars 1986. Celui-ci, adepte d’un désengagement de l’État, lance une vague de privatisations d’entreprises, à commencer par Saint-Gobain, spécialisée dans la production et la transformation de matériaux. Les subventions publiques à l’industrie baissent fortement. À sa réélection en 1988, François Mitterrand adoptera la politique du « ni-ni », ni nationalisation ni privatisation. Mais la stratégie de privatisations sera relancée à partir de 1993 lors de la seconde cohabitation avec Édouard Balladur, puis sous les gouvernements de droite comme de gauche de la fin des années 1990 – avec par exemple la privatisation du constructeur automobile Renault en 1996 – et au début des années 2000.

2012

En novembre 2012, l’ancien président de la SNCF Louis Gallois remet au Premier ministre un rapport contenant 22 mesures pour améliorer la compétitivité de l’industrie française. Jean-Marc Ayrault le lui avait commandé quatre mois plus tôt, afin de « donner un nouvel élan à l’industrie française » après la perte de 750 000 emplois industriels en 10 ans. Le « rapport Gallois » préconise la baisse des cotisations sociales versées par l’employeur, des aides aux entreprises ou encore davantage de pouvoirs en matière industrielle pour les régions. Certaines de ses propositions seront reprises par le gouvernement, qui s’en inspire par exemple pour créer le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). Dans une publication de 2019, Denis Ferrand, directeur général de Rexecode, un centre de recherche en économie, estime que « la France a stoppé l’hémorragie, sans pour autant redresser la compétitivité de son industrie ». Il attribue ces résultats mitigés en partie aux prélèvements obligatoires « plus élevés qu’ailleurs, notamment à cause des impôts de production, un problème omis dans le rapport Gallois ».


À l’étranger

L’industrie représente en Allemagne 26,2 % du PIB, selon la Banque mondiale, un organisme de financement du développement. La France se classe sur ce plan au 23e rang des pays de l’Union européenne, loin derrière l’Allemagne, au septième rang. L’économie allemande repose en grande partie sur l’industrie, structurée autour du « Mittelstand », « un tissu nombreux et dense d’entreprises compétitives », analysait en 2012 la Fondation Robert-Schuman, un cercle de réflexion franco-belge. Dans un rapport remis fin 2020 à l’Assemblée nationale, France Stratégie explique que dans les années 1970 et 1980, « l’industrie allemande a opté pour la montée en gamme, ce qui lui a permis de construire une forte image de marque et d’asseoir sa conquête de marchés extérieurs en Europe et sur d’autres continents ». Après la réunification, qui a affecté son économie, l’Allemagne a « rétabli sa compétitivité dans le champ industriel » dans les années 2000, en limitant ses coûts et « en maîtrisant la fiscalité ainsi que les évolutions salariales », note le rapport.