25 octobre 2021

Tout s’explique

10 ambassadeurs menacés d’expulsion en Turquie

Que reproche le président turc à ces ambassadeurs ?

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé samedi avoir ordonné au ministère des Affaires étrangères de déclarer « immédiatement » 10 ambassadeurs, dont ceux de la France et des États-Unis, « personæ non gratæ », signifiant qu’ils ne sont plus les bienvenus en Turquie. Cette déclaration implique leur expulsion ou leur rappel par leur État. Ces 10 ambassadeurs ont été convoqués mardi dernier par le ministère turc des Affaires étrangères. Il reproche aux ambassades de ces pays d’avoir publié, la veille, un appel commun à la « libération urgente » de l’opposant Osman Kavala, emprisonné depuis quatre ans sans jugement. « Les retards persistants » dans son procès « jettent une ombre sur le respect de la démocratie, l’État de droit et la transparence du système judiciaire turc », ont déclaré les ambassades dans leur appel. Le ministère turc des Affaires étrangères a jugé que leur déclaration « inacceptable » visait à « politiser les procédures judiciaires et à faire pression sur le système judiciaire ».

Qui est Osman Kavala ?

Âgé de 64 ans, Osman Kavala est un homme d’affaires et philanthrope turc. Il a contribué à la création de plusieurs ONG œuvrant pour la culture et les droits humains. Arrêté en octobre 2017, Osman Kavala est accusé d’avoir participé à la tentative de renversement du gouvernement lors du coup d’État manqué de juillet 2016, ce qu’il dément. En décembre 2019, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), chargée de veiller au respect de la Convention européenne des droits de l’homme par les 47 pays qui l’ont ratifiée, dont la Turquie, a appelé dans un arrêt à sa libération. La CEDH soulignait l’absence de « preuves démontrant qu’il se livrait à une activité délictuelle » et dénonçait une volonté de le « réduire au silence et avec lui tous les défenseurs des droits de l’homme ». « Un harcèlement judiciaire a continué d’être exercé contre des dissidents avérés ou présumés » en Turquie en 2020, rapporte l’ONG de défense des droits humains Amnesty International sur son site.

Quels différends opposent la Turquie et les pays de l’Otan ?

Sept des 10 ambassadeurs visés par les menaces du président turc samedi représentent un État membre de l’Otan, une alliance militaire de 30 pays dont la Turquie est membre depuis 1952. « Nous avons besoin de clarifier la place de la Turquie dans l’Otan », avait déclaré en mars Emmanuel Macron. Les sujets de désaccords se sont multipliés en 2020 entre la France et la Turquie, particulièrement au sujet de la Méditerranée orientale, où la Turquie s’est opposée à la Grèce sur la question de la propriété des ressources en hydrocarbures. Les désaccords portent également sur l’intervention de la Turquie dans plusieurs conflits, en Syrie, en Libye et dans le Haut-Karabakh, une région indépendantiste située en Azerbaïdjan. Les États-Unis reprochent à la Turquie l’acquisition par cette dernière en 2019 du système de défense antiaérienne russe S-400.

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