26 octobre 2021

Tout s’explique

Coup d’État au Soudan

Que se passe-t-il au Soudan ?

Les ambassadeurs du Soudan en France, en Belgique et en Suisse ont annoncé aujourd’hui faire défection et s’aligner avec l’opposition après le coup d’État commis hier par l’armée au Soudan. Le général Abdel Fattah al-Burhane, qui a annoncé hier la dissolution des autorités de transition au pouvoir et a décrété l’état d’urgence, a assuré aujourd’hui que le Premier ministre du Soudan, Abdallah Hamdok, était « en bonne santé ». Ce dernier et plusieurs membres du gouvernement ont été arrêtés hier par des hommes armés. Abdel Fattah al-Burhane était depuis août 2019 à la tête du Conseil de souveraineté, un organe de transition composé de militaires et de civils. Au moins sept personnes ont été tuées et 140 blessées hier lors de manifestations prodémocratie réprimées par l’armée, a affirmé un responsable du ministère de la Santé à l’agence Reuters. Plusieurs chefs d’État et représentants d’organisations internationales ont condamné le putsch.

Quel processus de transition était en place depuis 2019 ?

En avril 2019, l’armée a renversé lors d’un coup d’État le président Omar el-Béchir, qui était au pouvoir depuis 1989. Composé de civils et de militaires, le Conseil de souveraineté a été mis en place à partir d’août 2019 pour une période de transition de trois ans, qui a été prolongée après un accord conclu en octobre 2020 entre le gouvernement et des groupes rebelles soudanais. « Depuis le début, les militaires ne voulaient pas des civils dans cette transition. En 2019, quand ils ont fait un coup d’État contre leur propre régime, celui d’Omar el-Béchir, dont ils faisaient partie, ils n’avaient pas du tout prévu d’inclure les civils », a expliqué Raphaëlle Chevrillon-Guibert, chercheuse spécialiste du Soudan, hier à RFI. « Ce sont les civils qui se sont vraiment imposés dans cette transition avec quatre mois de manifestations », poursuit-elle. Une tentative ratée de coup d’État par les militaires avait déjà eu lieu le mois dernier. Abdel Fattah al-Burhane a affirmé hier qu’il souhaitait « une transition vers un État civil et des élections libres en 2023 ».

Dans quelle situation économique et sociale se trouve le Soudan ?

Le Soudan est l’un des pays les plus pauvres au monde. Il se situe à la 170e place sur 189 dans le classement des pays selon l’indice de développement humain élaboré par le Programme des Nations unies pour le développement, qui prend en compte le niveau de revenu, l’espérance de vie et le niveau d’éducation. 7,3 millions de Soudanais, soit 16 % de la population, se trouvaient en insécurité alimentaire élevée, selon les dernières données publiées en mai par plusieurs organisations, dont l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Les Soudanais sont « confrontés à une inflation terrible sur les produits de première nécessité et à la chute de la monnaie, en dépit des remises de dettes accordées par la France et l’Union européenne », explique Marc Lavergne, directeur de recherche émérite au CNRS, dans une interview publiée hier dans Libération.

POUR ALLER PLUS LOIN

Un reportage d’Arte sur les événements d’hier au Soudan.