3 novembre 2021

Tout s’explique

Les rebelles progressent en Éthiopie

Que se passe-t-il dans le nord de l’Éthiopie ?

La Haute‑Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a estimé aujourd’hui que le conflit au Tigré, une région du nord de l’Éthiopie [voir la carte], était « marqué par d’extrêmes brutalités ». Le Conseil des ministres éthiopien a décrété hier l’état d’urgence dans tout le pays pour six mois face à l’avancée des rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (FLPT). Le Premier ministre de l’Éthiopie, Abiy Ahmed, a appelé hier les citoyens à « jouer leur rôle » et à « coopérer avec les forces de l’ordre » pour faire face aux rebelles. Ces derniers avaient affirmé dimanche s’être emparés de deux villes stratégiques de la région Amhara, au sud du Tigré, situées à quelque 400 kilomètres de la capitale éthiopienne. La prise de la capitale est « une question de mois, si ce n’est de semaines », a affirmé aujourd’hui auprès de l’AFP le porte-parole d’un groupe rebelle de l’ethnie oromo, allié au FLPT.

Comment a démarré le conflit ?

En septembre 2020, le FLPT, qui dirigeait la région du Tigré, a organisé des élections malgré l’interdiction prononcée par le gouvernement fédéral en raison de la pandémie de Covid-19. Constitué de membres de l’ethnie tigréenne, vivant principalement dans le nord de l’Éthiopie, le FLPT a été créé dans les années 1970 pour lutter contre le gouvernement militaire d’inspiration marxiste qui dirigeait alors le pays. Le FLPT a été à la tête de l’Éthiopie, le deuxième pays d’Afrique en nombre d’habitants, de 1991 à 2018, jusqu’à l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed. En novembre 2020, ce dernier a envoyé l’armée au Tigré, en affirmant répondre à diverses attaques contre des garnisons militaires menées par des membres du FLPT. Les rebelles, qui avaient dans un premier temps été chassés de la capitale du Tigré, Mekele, en ont repris le contrôle en juin dernier et ont affiché le souhait d’évincer Abiy Ahmed du pouvoir.

Quelle est la situation humanitaire en Éthiopie ?

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) et la Commission éthiopienne pour les droits humains, un organisme d’État, ont publié aujourd’hui un rapport selon lequel il existe des « motifs raisonnables » de penser que « toutes les parties au conflit dans la région du Tigré ont, à des degrés divers, commis des violations du droit international des droits de l’homme, du droit international humanitaire et du droit international des réfugiés ». Le HCDH dénonce des violences commises contre les civils, des actes de torture, des violences sexuelles et des pillages. Le FLPT a critiqué la méthodologie du rapport, l’estimant « incorrecte » en raison de l’implication d’un organisme qu’il considère proche du gouvernement éthiopien. L’ONG Action contre la faim alertait en juillet sur la menace de famine qui pesait sur le pays : 400 000 personnes souffrent selon elle d’insécurité alimentaire aiguë au Tigré.

POUR ALLER PLUS LOIN

Un reportage de France 24 de septembre sur l’extension du conflit à la région Amhara.

Un portrait d’Abiy Ahmed sur le site de TV5 Monde.

L’histoire du FLPT racontée par Libération.