Tout s’explique

Vivendi lance le rachat de la société Lagardère

  • En quoi consiste l’offre publique d’achat initiée par Vivendi ?

    À partir d’aujourd’hui et pour un peu plus d’un mois, la société Vivendi, qui appartient au groupe Bolloré, propose aux actionnaires du groupe Lagardère qui le souhaitent de racheter leurs actions à un prix unitaire de 25,50 euros, soit près de 10 centimes de plus que leur valeur actuelle. Cette opération, appelée offre publique d’achat (OPA), vise à permettre au groupe Bolloré de prendre le contrôle de la société dirigée par Arnaud Lagardère, spécialisée dans la distribution (Relay), l’édition (Hachette Livre) et les médias (Europe 1, le JDD, Paris Match). Vivendi possède déjà plus de 45 % du capital de Lagardère depuis le rachat en septembre des actions possédées par le fonds d’investissement britannique Amber Capital. Les autres actionnaires principaux de la société Lagardère sont le fonds souverain du Qatar (11,5 %), Arnaud Lagardère (11 %) et la société Agache (10 %), contrôlée par Bernard Arnault, le PDG du groupe de luxe LVMH.

  • Quels risques pour la concurrence cette OPA soulève-t-elle ?

    Cette OPA permettrait le rapprochement de la maison d’édition Hachette Livre, possédée par Lagardère, et d’Editis, qui appartient à Vivendi. La fusion de ces deux entreprises rassemblerait « 52 % du top 100 des ventes en France » et « 74 % dans le domaine scolaire », selon Antoine Gallimard, directeur du groupe d’édition Madrigall, cité par un rapport du Sénat de mars. La Commission européenne, codétentrice du pouvoir exécutif de l’UE avec les États membres, doit donner son aval à cette OPA. Elle a pour mission d’empêcher les concentrations d’entreprises qui « entraveraient de manière significative une concurrence effective, notamment du fait de la création ou du renforcement d’une position dominante », selon un règlement européen. Dans le domaine des médias, l’intégration de la radio Europe 1 aux médias possédés par le groupe Bolloré, comme Canal+ et CNews, doit également être validée par l’Arcom (ex-CSA), l’autorité publique française de régulation de l’audiovisuel.

  • À quelles difficultés fait face le groupe Lagardère ?

    À la mort de Jean-Luc Lagardère, le fondateur du groupe, en 2003, la société Lagardère faisait « à peu près 15 milliards » d’euros de chiffre d’affaires contre « 5 milliards d’euros » aujourd’hui, explique Olivier Ubertalli, auteur du livre « Grandeur et décadence de la maison Lagardère », interviewé ce matin sur France Inter. Selon ce journaliste du Point, Arnaud Lagardère, le fils du fondateur, qui a remplacé son père en 2003, a commis l’erreur de s’endetter en 2006 pour consolider sa position au capital et de se lancer « à corps perdu dans le sport », ce qui l’a conduit à décider de la vente d’actifs de Lagardère pour s’assurer le versement de dividendes et faire face aux échéances de ses prêts. Les difficultés de l’entreprise ont été renforcées par la crise du Covid-19, durant laquelle les magasins du groupe, comme les enseignes Relay, présents dans les gares et les aéroports, ont vu leur activité se réduire fortement. En 2020, le groupe Lagardère enregistrait une perte nette de 660 millions d’euros.


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