Tout s’explique

Manifestations en Iran après la mort d’une femme arrêtée pour son voile

  • Une Iranienne est morte en détention après avoir été arrêtée en raison de son voile jugé inapproprié par la police.

  • La répression s’est accentuée depuis l’arrivée au pouvoir du président conservateur Ebrahim Raïssi.

  • Que s’est-il passé en Iran ?

    Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a appelé aujourd’hui à une enquête « rapide » et « impartiale » en Iran après le décès en détention de Mahsa Amini. Cette Iranienne de 22 ans issue de la minorité kurde est décédée vendredi, trois jours après son arrestation à Téhéran, la capitale, par la police des mœurs en raison du port de son hijab (foulard islamique) jugé non conforme à la loi. Le HCDH a fait état de possibles tortures, tandis que la police iranienne a rejeté toute responsabilité et affirmé que Mahsa Amini avait eu des problèmes de santé. Le président iranien, Ebrahim Raïssi, a ordonné dimanche l’ouverture d’une enquête. Des manifestations ont lieu chaque jour depuis samedi dans plusieurs villes du pays pour dénoncer ce décès et protester contre le port obligatoire du hijab ainsi que contre le régime. Ces manifestations ont été sévèrement réprimées par les forces de sécurité. Le HCDH fait état d’au moins deux morts et de plusieurs personnes blessées ou arrêtées.

  • Quelles sont les règles concernant le port du hijab ?

    Le port du hijab a été progressivement imposé aux femmes en Iran après la révolution islamique de 1979. L’ayatollah Rouhollah Khomeini considérait alors que les femmes non voilées étaient « nues ». Les femmes sont aussi tenues aujourd’hui de porter des vêtements longs et amples, qui couvrent une grande partie de leur corps, et de ne pas mettre trop de maquillage. La police des mœurs est une unité qui veille à l’application de ces règles vestimentaires en patrouillant dans les rues. Le Code pénal islamique d’Iran précise que les femmes qui apparaissent en public sans porter un « hijab approprié » s’exposent à une peine de prison allant de 10 jours à deux mois et à une amende. Ces dernières années, des actions de contestation ont eu lieu contre le port obligatoire du hijab et de plus en plus de femmes ont arboré des voiles lâches.

  • Quelle est l’ampleur de la répression ?

    La législation sur le hijab a « pour effets un harcèlement quotidien, des détentions arbitraires, des actes de torture et d’autres mauvais traitements », rapportait l’ONG de défense des droits humains Amnesty International dans son rapport 2021 sur l’Iran. Le HCDH a précisé aujourd’hui avoir reçu de « nombreuses vidéos vérifiées de traitements violents à l’encontre de femmes » portant un hijab lâche par la police des mœurs ces derniers mois. Cette unité a « étendu ses patrouilles de rue » et les arrestations, ajoute le HCDH. Le Center for Human Rights in Iran, une organisation qui documente les violations des droits humains, affirmait en août que l’arrivée au pouvoir du président conservateur Ebrahim Raïssi l’an dernier avait conduit à « une application plus stricte du port obligatoire du hijab ». Selon Amnesty International, la liberté de réunion était « durement » réprimée en Iran en 2021 et les forces de sécurité ont eu « recours illégalement à la force meurtrière et à des armes à grenaille pour réprimer des manifestations ».

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