15 octobre 2022

Dans B‌r‌i‌e‌f‌.‌m‌e ce week-end, la France et le pétrole, les boucliers anti-aériens, des photographies prises au microscope et un podcast-fiction déjanté.

On revient au début

La France et le pétrole

Environ trois semaines après le début d’un mouvement de grève dans des raffineries et des dépôts de carburant des groupes Esso et TotalEnergies, le gouvernement a lancé cette semaine la réquisition de salariés grévistes afin d’assurer la délivrance de carburant dans les stations-service. Moins de 30 % d’entre elles connaissaient hier des ruptures d’approvisionnement, selon le ministère de la Transition énergétique. Alors qu’elle dépend fortement des importations, la France s’est dotée d’une politique pétrolière pour assurer son approvisionnement depuis les années 1920.

À l’origine

Le premier gisement de pétrole en France est découvert en Alsace, à Pechelbronn, et exploité à partir du XVIIIe siècle. L’intérêt pour le pétrole en France se développe toutefois au XXe siècle, en particulier avec la Première Guerre mondiale. Durant le conflit, le pétrole apparaît comme un produit stratégique pour mobiliser en nombre camions et avions. La France manquant de pétrole, elle se tourne vers les États-Unis pour s’approvisionner. « Toute défaillance d’essence causerait la paralysie brusque de nos armées », affirme le chef du gouvernement Georges Clemenceau dans une note au président américain en 1917. La Première Guerre mondiale a permis à la France de prendre conscience du caractère stratégique du pétrole. À partir des années 1920, la France se dote progressivement d’une politique pétrolière, pour gérer ses approvisionnements, et d’une industrie nationale pour l’extraction et le raffinage. Cette politique conduit en 1924 à la création de la Compagnie française des pétroles, ancêtre de TotalEnergies.

Les dates clés

  • 1973
    Le nucléaire pour tendre vers l’indépendance énergétique

    En 1973, la décision de pays exportateurs de pétrole de réduire leur production dans le cadre de la guerre du Kippour, au Proche-Orient, provoque une forte augmentation des prix du pétrole. Face au premier choc pétrolier, le gouvernement français prend des mesures pour réduire la consommation d’énergie, comme la limitation de la vitesse automobile et de la température de chauffage des bâtiments. « En France, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées », affirme alors une campagne de communication télévisée [voir le spot]. Ces mesures visent à réduire la consommation de pétrole, alors qu’une grande partie de l’électricité est produite en brûlant du fioul (dérivé du pétrole). Début 1974, le Premier ministre Pierre Messmer annonce un grand plan d’accélération du programme nucléaire civil, avec le lancement de 13 centrales, pour tendre vers une « certaine indépendance » énergétique. Entre 1973 et 1990, la part de pétrole dans la consommation d’énergie primaire passe de 68 % à 39 %, selon l’institut national de statistiques Insee. Sur cette même période, la part de l’électricité produite à partir de sources non fossiles (dont le nucléaire) passe de 4 % à 36 %.

  • 1979
    Sécuriser ses approvisionnements en les diversifiant

    Le deuxième choc pétrolier survient à partir de 1979 en réaction à la révolution islamique en Iran puis à la guerre entre l’Iran et l’Irak en 1980. La forte augmentation des prix du pétrole qui en résulte conduit la France à diversifier ses sources d’approvisionnement en pétrole dans les années 1980 [voir un graphique]. Alors que la France importait 44 millions de tonnes de pétrole d’Arabie saoudite en 1979, cette part tombe à 15 millions de tonnes en 1990, selon le ministère chargé de la Transition écologique. Sur la même période, les importations en provenance de Norvège et du Royaume-Uni augmentent et la France commence à acheter du pétrole mexicain et angolais. Cette politique de diversification vise « à mieux répartir les risques géographiques », expliquait l’économiste Jacques Percebois en 2004, et donc à être moins vulnérable en cas de crise géopolitique. La France importe la quasi-totalité du pétrole brut qu’elle consomme.

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