26 novembre 2022

Dans B‌r‌i‌e‌f‌.‌m‌e ce week-end, la diplomatie du sport, les fonctions du Raid, des photos endommagées de Martin Parr et un podcast qui interroge la place de nos ex.

On revient au début

La diplomatie du sport

La Coupe du monde de football s’est ouverte dimanche dernier au Qatar. Elle a fait l’objet d’appels au boycott de la part de personnalités politiques et sportives. Lors de l’attribution de l’organisation en 2010, Tamim ben Hamad Al Thani, alors prince héritier du Qatar, avait affirmé que cet événement allait « présenter une nouvelle image du Moyen-Orient ». Nombre d’États ont développé depuis le XXe siècle une diplomatie sportive, utilisant le sport pour exercer une influence politique, pour apaiser des tensions ou encore pour promouvoir leur image.

À l’origine

En 1894, sous l’impulsion du baron Pierre de Coubertin, des représentants d’organisations sportives d’une dizaine de pays réunis en congrès à Paris décident de rétablir les Jeux olympiques, sur un modèle adapté de ce qu’ils étaient dans l’Antiquité. Les premiers JO modernes se tiennent en 1896. Selon Pierre de Coubertin, ces jeux devaient permettre de favoriser le respect et la paix entre les nations. Déjà dans la Grèce antique, les JO étaient assortis d’une trêve pour permettre de s’y rendre en toute sécurité. Cependant, les JO et les grands événements sportifs internationaux reproduisent très vite les rivalités entre les nations et deviennent un moyen d’exercer une influence politique. Après la Première Guerre mondiale, les pays vaincus sont exclus des JO de 1920, qui se tiennent en Belgique, pays vainqueur. En 1934, la tenue de la deuxième Coupe du monde de football en Italie offre au régime fasciste de Benito Mussolini une tribune de propagande pour son régime. « C’est toute l’évolution des relations internationales qui se lit en filigrane dans l’histoire des compétitions sportives », analyse l’historien Alfred Wahl dans une revue de géopolitique de 2004.

Les dates clés

  • 1980
    Boycott massif des JO

    Le président américain Jimmy Carter décide de boycotter les JO organisés en 1980 à Moscou, en URSS. Il s’agit pour lui de protester contre l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979 et de faire pression pour qu’elle retire ses troupes. Aucun athlète américain n’est autorisé à concourir. Une soixantaine de pays boycottent également les JO. L’URSS et une dizaine de pays alliés répliqueront en refusant de participer en 1984 aux JO de Los Angeles, aux États-Unis. « Les JO sont la continuation de la guerre froide par d’autres moyens », analyse le géopolitologue Pascal Boniface dans une revue scientifique en 2017. D’autres mouvements politiques, dont celui de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, ont conduit à des boycotts sportifs. Pour autant, le boycott sportif a « rarement prouvé son efficacité » à pousser un État à revoir sa politique, analysait Carole Gomez, chercheuse à l’Iris, un centre de réflexion, dans une publication de janvier 2022. L’URSS se retirera d’Afghanistan en 1989 et le régime de l’apartheid sera aboli en 1991.

  • 2005
    La diplomatie du cricket

    Le président pakistanais Pervez Musharraf se rend en Inde en 2005 pour assister à un match de cricket qui oppose les équipes nationales pakistanaise et indienne. Cette visite est l’occasion de plusieurs discussions bilatérales avec le Premier ministre indien Manmohan Singh afin de poursuivre les pourparlers de paix. Les deux pays ont un différend frontalier depuis 1947 concernant la région du Cachemire, pour laquelle ils se sont déjà fait la guerre. Les deux dirigeants ont « déterminé que le processus de paix était désormais irréversible » et décidé de poursuivre les discussions « en vue d’un règlement définitif » de la question du Cachemire, rapporte la déclaration commune publiée à l’issue de la visite. La « diplomatie du cricket » permet aux deux pays de se rapprocher grâce à ce sport très populaire en Inde et au Pakistan. « Historiquement, à chaque fois que l’Inde et le Pakistan ont traversé une période de tensions des relations bilatérales, le cricket est venu à la rescousse », expliquait l’historien indien du sport Boria Majumdar dans une interview au Monde en 2009.

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